ECLATS DE PAROLES

Quelques amis échangent leurs avis sur le monde, la vie, les arts et partagent leur écriture (poésie, textes, billes, nouvelles, écriture de consigne, etc.)

28 septembre 2007

Je chuchote à l'oreille du chat...


    Il y eut « L’homme qui chuchotait à l’oreille des chevaux ». Une méthode de dressage canin enseigne désormais à « chuchoter à l’oreille des chiens ». Je ne sais pas si les dresseurs  « chuchotent » vraiment, mais après un jour d’écolage Athéna, la jeune chienne dobberman  de ma petite-fille obéissait prestement au doigt et à l’œil.  Tout en douceur, sans élever la voix, sans un cri.chien_loup

    Quant à moi, depuis longtemps, je chuchote à l’oreille de mon chat. Il écoute. Concentré, la tête un peu penchée, les yeux attentifs, il ronronne. D’abord de la gorge puis du ventre,  ne cachant pas son plaisir. Nous nous parlons. Je dis avec douceur :

    « Milord, on s’assied là, à côté de l’ordinateur, pas devant... ». Il réfléchit. Juste un instant et, lentement, s’allonge. Je termine mon travail et murmure : « On regarde la télé ? ».  Il plonge son regard sérieux et doux dans le mien, non qu’il hésite, mais il Milordaimerait connaître le programme. Là, je ne faiblis pas : c’est moi qui choisis. En général, il consent. Mais quelquefois, en plein film, il quitte mes genoux et marche dignement vers sa pitance. Malheur à moi si son bol est vide. Une série de reproches  grommelés me viennent de la cuisine et bon gré mal gré, il faut le servir . Non, ne me dites pas que je suis son esclave...Je le sais !

    Notez que c’est un chat de dialogue.  Quand il n’est pas d’accord, il le dit. Un « Miaou » bref veut dire « Non ». Un « Miaou » prolongé, traduit l’indignation.  « Comment, il n’est pas l’heure d’aller au lit ! Moi, j’y vais... ». Et joignant l’action à la parole, il saute sur la couette, la soulève délicatement d’une patte et se faufile dessous, bombant le lit de sa redondance. Il restera là des heures, parfois toute la journée, selon qu’il a choisi une petite sieste ou un bon grand repos. Qu’il fasse chaud ou non, il affectionne cette zone douillette et s’y prélasse. Parfois jusqu’au soir, au moment où il part en promenade par la plateforme, sur les toits. Comme c’est un grand bavard, lorsqu’il rentre vers 3 heures du matin, il me l’annonce à grand renfort de miaulements affectueux... Il tient à moi, je le sais. Mais, éreintée par ces réveils nocturnes, depuis quelques jours, je mets des boules Quies...

INCARNAT

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27 septembre 2007

ADIEU AU SOLEIL...


L’appel inconsolé du vent dans la ramurecap41
Me murmure pourtant que l’été est au Sud
Que le soleil tressaille
Et vibre et tourbillonne
Le mandarin doré connaît la canicule
Mais le soleil pour moi est un peu funambule

Il invente des tours à faire pâlir d’envie
L’Arlequin au pied fin sur son fil argenté
Qui danse dans le soir
Eclairé de lampions
Le soleil comme lui scintille et disparaît
Laissant mon cœur hagard comme un lion sans rets

Le voici ! Le voilà ! Non ! Il se cache encore
La fontaine roucoule et le soleil s’y noie
Je l’ai perdu, voyez,
Sous les arbres il se coule
Il s’aplatit si fort que personne ne voit
Qu’il nous a dit adieu et ne reviendra pas.

LORRAINE                                     Illustration: www.20six.fr

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26 septembre 2007

CARROUSEL

bonmatin4

Un automne mouillé rôde sur les rues.
Tournez le coin : le vent y est
Il jette au visage feuilles et parfums.
Vous allez.  La place vous attend
Plantée d’un carrousel
Qui s’enrhume sous la pluie.

Le toit penché ruisselle
La musique berce le crépuscule
Qui déjà sent décembre
Un enfant seul vit son épopée
Dans un avion d’argent
Et dans les flaque d’eau
Se dessine votre ombre

Un homme passa.
Ses cheveux roux dans le vent
Lui faisaient une auréole
Il était joyeux puisqu’il sifflait
Sous la pluie.
Vous l’avez peut-être vu.

Moi qui l’ai rencontré
J’ai répondu à son sourire
Et nous sommes partis
Par nos routes qui se tournaient le dos.

LORRAINE

location_carrousel_anges_ancien


Illustration: www.grande-roue.com

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24 septembre 2007

LE TEMPS VA...

je_r_fl_chis


    Le temps va...à petits pas, sans rien dire, sans nous alerter. Il va, de son pas tranquille et intransigeant, il avance et nous nous croyons immobiles. Jour après jour, il tisse son destin.

    Quelquefois, sur des sites amis, je m’arrête : ici on parle de soi, de soi et encore de soi. Est-ce si important ? Est-il indispensable de s’interroger à longueur d’année sur ce qu’on est , ce qu’on ressent, ce qu’on imagine ? De tourner en rond, finalement. De rester dans l’ornière personnelle, propre à tout être qui n’en fait pas éclater les frontières. Je crois inutile et vaine cette perte d’énergie. A part soi, d’autres existent. Qui s’interroge sur leur sort ?

    D’autres fois, je suis saisie aux tripes par un poème qui signe la glissade vers le désespoir profond. Je m’arrête, je dis un mot amical, je tends une main à cet inconnu qui frôle la mort et le sait. Il ne me répondra pas, j’en suis sûre. Les vraies douleurs sont muettes. Les vraies souffrances refusent le partage. Mais au moins, j’espère qu’à me lire l’auteur se sentira moins seul. Et distrait un instant de lui-même, trouvera peut-être la force de lutter.

    Les bloggueurs peuvent s’aider.  Ils peuvent aussi s’enfoncer ensemble dans un hymne à eux-mêmes, dans des mots répétés et qui sont vides, finalement. SuperStock_900_103146_Vase_de_fleurs_AffichesBalancer l’encensoir est facile. Se détourner de soi et voir les autres l’est moins.

    Et pourtant, le temps va... Il emporte tout, blessures, amour-propre, faiblesses, vanités. J’y ai pensé, aujourd’hui.

INCARNAT


Illustration: Estampe de Claude Monet

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23 septembre 2007

VERTIGO

    (Impressions d'ivrogne)


vin_et_verres

   
    Au matin, le verre était vide.  La bouteille aussi.  Je me regarde : ciel, je suis difforme

    Mon nez a une main qui libère un oiseau et sur mon front un petit personnage crie : « Ohé du bateau ! Ohé du bateau ! »… Il tangue, agite une lanterne qui m’aveugle, comme s’il voulait éclairer le ciel, j’ai le vertige, mon front se cabosse, mon menton s’allonge, ma barbe plonge dans la mer et la mer  chavire…ivrogne

    Qui veut de moi, pauvre bonhomme ballotté par les flots, gigantesque épave échouée au pied du lit…Du lit ?  Quel lit ?  Le vôtre, Madame ? Mais, qui êtes-vous ?...

LORRAINE


Illustration: http://users.skynet.be

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22 septembre 2007

RICANEMENTS

    (Raconter un cauchemar telle était la consigne. En voici le résultat)

X


   

    D’où vient-il, ce rire de crécelle ?
    Ce ricanement haletant, ce sein nu ?
    Qui porte cette couronne dérisoire ?
    Quel visage de femme rauque
    Lance un obstiné « turlututu »
    Au petit monsieur pantois
    Enchevêtré dans les serpentins ?nain_outremondes

    Sont-ils seuls, sont-ils trois,
    S’imbriquant l’un dans l’autre ?
    Lis-tu un psaume, nabot ?
    Hurles-tu la déchéance du monde
    Ou espères-tu la miséricorde
    Sous le chapeau pointu de l’invisible ?
    Marionnettes de l’horreur, que voulez-vous ?

    L’homme bougea.  Un homme blond
    Timide et doux.  Il ouvrit les yeux, surpris
    Et comprit qu’il avait rêvé.
    Ses compagnons de nuit avaient disparu.

    Il refusa de  croire à la prémonition
    Et tourna définitivement la page
   
    LORRAINE

    Illustration: www.outremondes.com

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21 septembre 2007

BEL AUTOMNE



    L’automne grimpe aux arbres. Il jette d’habiles touches d’or sur les feuilles, gonfle les joues et souffle. Je le soupçonne de travailler la nuit  car au matin on découvre sur l’herbe des branches et des feuillages.

    Quelquefois, majestueux et lent, il se sertit de soleil et adoucit les chemins de traînées lumineuses. Las du lierre émeraude, il le vermillonne tout à coup ; il pend les raisins aux vignes et encombre, d’une odeur de pommes triste et sucrée, le grenier par où les enfants regardent venir les crépuscules brefs.

    Ses derniers beaux jours ont la poignante violence d’un amour condamné à l’adieu. Un air de musique me vient par les jardins, le chat nonchalant sur la crête du mur feint un sommeil perfide, le marronnier s’est doré cette nuit pour ma joie, le ciel a des promesses et je sais qu’elles mentent.

    Car demain il pleuvra sur les branches transies, le chat hibernera auprès du feu ronflant, l’arbre nu menacera mes vitres et c’est un horizon engrisaillé de brume que je découvrirai en levant mon rideau.

LORRAINE

Illustration: www.mesimages.ch : chemin forestier.

chemin_forester

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20 septembre 2007

INCANTATION

guirlande

Silhouette voilée
Esquisse d’un moment
Femme-fée ou fumée
Eclair de diamant
Je te dessine au fond
Du puits de ma mémoire

T’ai-je connue vivante
Ou n’est-ce qu’illusoire ?
Je ne sais,  tu es là,
Comme un roseau de miel
De très longs bracelets
T’entourent d’arc-en-ciel

Mouvance arachnéenne
Transparence subtile
Tu glisses sur le fil
De la lune argentée

Et ton ombre effilée
Dans le halo du soir
S’envole en emportant
Un peu de mon espoir

LORRAINE

canette_et_canetontergif

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19 septembre 2007

Où est sa maîtresse?

    Il était attaché à l'entrée. Mal, puisqu'au bruit de ma charrette, il se délia et s'en fut. Il me précéda dans le grand magasin, d'abord hésitant, et comme tout chien qui se respecte, le nez en avant à la recherche de sa maîtresse. Déjà les inquiéudes m'assaillaient, en cohorte:

 

    - Où va-t-il? Connaît-il les lieux? Où est sa maîtresse? Est-ce que je vais laisser là ma charrette et tenter de  l'attraper?

 

    Gracieux, le bichon s'arrêta. Un monsieur qui le croisait m'interpella courtoisement:

 

    - Il est à vous, Madame?

 

    - Non, il vient de se détacher...

 

    - Il faut le rattacher, alors, il risque de s'enfuir, de se perdre.chien_blanc

 

    Nous en étions là, je me disais "Le monsieur va prendre la laisse et le reconduire, lui n'a pas de chariot, moi je suis dans le chemin..." quand une vendeuse accorte et solide sortit de derrière la caisse et décida pour nous. Elle attrapa le fugitif à bras-le-corps, lui caressa la tête et le ramena, penaud, à l'entrée du magasin où il fut soigneusement réajusté à la barrière ad hoc. Le monsieur et moi reprîmes notre route en sens opposé. Quand je ressortis, le toutou avait disparu.

 

     bouquet_vari_Je vous raconte cette anecdote parce que le ronronnement du grand magasin m'a semblé autre.  Uniquement parce qu'un tout petit fait divers sans importance se produisait à l'entrée: un chien risquait l'aventure, une femme risquait le chagrin, tous deux risquaient la séparation qui les marquerait de son fer chaud. Je me disais: "Nous sommes tous différents, nous avons tous l'air anodin de personnes sans histoire.  Et pourtant, nous côtoyons peut-être l'anxiété de ce client jeune et en quête d'emploi, la souffrance de cette vieille dame courbée sur son cabas, le désespoir de cette jolie fille en noir qu'on vient de quitter sans explication, la maladie de l'habitué qui marche lentement, de plus en plus lentement chaque jour...".

 

    Un gentil chien se croit abandonné et trois personnes réagissent. Mais que savons-nous de tous les tourments des inconnus? Rien. Peut-être serai-je plus attentive la prochaine fois à la marche hésitante du vieux monsieur seul ou à la gravité profonde de cette femme mûre aux traits tirés. Certes, je ne pourrai rien: sauf un sourire, un regard amical, ce qui, quelquefois, redonne courage et aide à vivre...

 

INCARNAT


   

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18 septembre 2007

CET INSTANT-LA...


Barque sur l’étang vert
Libellule,  frisson
L’été décline

Une branche égratigne
Le soleil du couchant
Un nid pépie

Et le saule incliné
Se mire dans l’étang
L’eau est transie

LORRAINE


_tang_parc

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