31 janvier 2008
FEVRIER
Février, tu t’en viens comme un petit homme narquois et sautillant à travers les bourrasques. Tu ouvres ta sacoche et les fleurs et les cadeaux de la St Valentin s’en échappent. C’est le 14 que tu fêtes les amoureux pour te faire pardonner les giboulées, les matins gris, les dernières neiges.
Puis tu cèderas le pas à Mars, cet irascible qui change d’humeur à chaque coup de vent et non content d’apporter le printemps, l’assaisonne d’averses et de frimas tardifs.
Tes bagages ne sont pas bien lourds et ton habit de pauvre hère s’est accroché aux ronces car tu t’en vas dans les bois préparer mystérieusement la venue des bourgeons et susurrer aux oiseaux qu’ils auront bientôt les beaux jours.
Ambassadeur de toutes les promesses, tu réveilles le merle, qui se reprend à siffler, car il te comprend mieux que quiconque et ne demande qu’à te croire.
Tu t’effaceras sans bruit et nous ne saurons pas que tu étais notre espérance, toi qui entre le froid Janvier et Mars capricieux, nous offre quelquefois un ciel d’été et toute la douceur du premier soleil.
LORRAINE
28 janvier 2008
INSOMNIE...
L'insomnie trébuchante, vous connaissez? quelque chose vous éveille (en l'occurence mon chat Milord), vous vous levez comme une somnambule, vous lui donnez sa pitance à 5 H. du matin et regagnez le lit avec un soupir d'aise.
Là, je me rendors. Pas longemps. Des miaulements insistants me sortent du brouillard. Je fais celle qui n'entend rien. On persiste. Je feins un sommeil profond. A mi-voix, en jeune homme bien élevé mais sûr de lui, Milord continue, imperturbable. Mon cerveau embrouillé s'interroge: Me lever ou non? Mon esprit logique affirme: "Te lever pour en finir". Donc je me lève. Que veut-il? Une nouvelle dose de paté? Je le ressers. Il flaire du bout des moustaches et se détourne, superbe. "Tu veux sortir?". C'est la question rituelle, il comprend et bondit à la fenêtre. Prudente, j'enfile d'abord un peignoir, je tire les tentures, j'ouvre la fenêtre, je la cale, je referme les tentures, je vais me recoucher...
Une demi heure après, je m'éveille en sursaut. Milord miaule! Je ne bondis pas, je n'en ai plus la force, je grommelle: "Qu'est-ce que tu veux encore?". Je suis déjà debout, c'est devenu un reflexe, je titube jusqu'à la cuisine et là, tant que j'y suis, je me fais un espresso. Lui n'a pas faim, ce qu'il veut, ce sont des caresses. Il se frotte à mes chevilles, ronronne, fait des mines, d'une main je tiens ma tasse, de l'autre je le flatte, il est content, hier on s'était peu vus, il n'aime pas quand je pars longtemps.
D'habitude, il me fait la fête quand je rentre, mais je crois qu'il boudait et est resté dans son coin. La tendresse ne l'a saisi qu'au milieu de la nuit!...
Vous me direz: "Enferme-le dans une autre pièce ou dehors". J'ai essayé l'autre pièce; il gratte à la porte debout de tout son long, obstinément, sans aucune lassitude. Evidemment, je me précipite pour lui ouvrir. Dehors? L'été il passe sur la plate-forme et agit à son gré, va sur les toits, rentre, repart, moi je dors. Mais l'hiver j'aère grandement une demi-heure avant d'aller au lit puis je ferme, j'ai la gorge sensible. Et comme j'habite au 3ème étage, pas de jardin où il pourrait se défouler sans m'éveiller.
Ensuite? Eh bien, complètement lucide, j'ai pris mon petit déjeûner et je viens me défouler ici. Milord, assis sur le haut dossier d'un fauteuil, regarde par la fenêtre les voitures qui vont au boulot...
LORRAINE
27 janvier 2008
SENTIERS
DELAISSE LES GRANDES ROUTES
PRENDS LES SENTIERS
Pythagore
Illustration: www.dauphine.com

26 janvier 2008
LE FAVORI
Ce que je venais de dire à la vieille marquise Guy de Ruiz était l’exacte vérité : je partais pour toujours. Je quittais son château, son pavillon de chasse, ses réceptions, ses soupers aux chandelles, ses falbalas, ses bijoux, son lit.. . C’était hier, après l’amour.
Elle a ri. Elle me tient depuis si longtemps. Elle ferme les yeux sur les murmures étouffés des petits bonnes quand je les pousse dans une embrasure, elle fait semblant d’ignorer les regards assoiffés que je lance aux invitées plus jeunes, elle feint de ne rien voir mais me couve d’un œil féroce. Elle règne. Elle hypnotise. Elle décline...
Je n’ai rien. Je suis le fils de son majordome. Je n’ai jamais travaillé. Je suis passé de ma chambre à la sienne. J’avais 17 ans. Elle était belle, amusante, souveraine, courtisée et moi, faraud, je me disais : « Essayez toujours, messieurs, c’est moi qu’elle aime »...Flatté, oui, je l’étais. Heureux ? C’est quoi, heureux ? Fier, élégant, désiré, envié, haï, et intouchable... Dix ans à porter les plus beaux vêtements, déguster les plats les plus fins, dormir dans les draps les plus doux...et la voir vieillir, doucement, cruellement, sans recours.
Je pars. Je suis une boussole sans Nord, un être sans avenir. Mes mains élégantes ont la paresse des soirées où l’on danse, en caressant subrepticement la rondeur d’une épaule. Une infinie lassitude m’engourdit. Je n’ai aucun courage, j’ai toujours été un faible. Le train roule vite, nous allons aborder le virage sous le tunnel. Oui, j’ai mon révolver...
« Monsieur...monsieur...Trop tard. Il est mort... »
LORRAINE
24 janvier 2008
MILORD
Quand il fait sa grise mine
Mon chat pensif se tapit
Pour réfléchir, j’imagine,
Sur la couette du lit
Il sort de sa bouderie
Pour me dire le temps qu’il fait
Et de sa patte alanguie
Vient me flatter le mollet
C’est une invite gentille
Et ses yeux sont guillerets
« Et si on jouait aux billes ? »
A l’affût, il est parfait
Son œil vert cligne et se fend
Comme une amande friponne
Puis dans un bond nonchalant
Il me toise sans vergogne
Les billes ont disparu
Sous un meuble, je suppose
Quant à lui, c’est bien dessus
Qu’il saute et prend la pose
Fier, altier, un peu clinquant
Je l’ai appelé Milord.
Mais comme il est éloquent
Il me le reproche encore…
LORRAINE
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22 janvier 2008
A l'EST D'OCTOBRE
J’ai déjà présenté Alain Gurly dans « Eclats de Paroles »(1) ; Il venait de sortir son recueil de poèmes « Les Hivernales », qui évoquait en sonnets effilés comme le givre la campagne cévénole et la nostalgie d’un autrefois perdu dans le brouillard des ans.
Aujourd’hui, « A l’Est d’octobre » fait référence aux saisons de l’âme. Et de quelle plume imprégnée de souvenirs et d’images ! Celui qu’il a choisi en manière de préface, vous fera entrer à sa suite dans son univers:
Points Cardinaux
Je suis né un beau jour à l’Ouest du Printemps
C’était au mois d’avril lorsque pointent les feuilles
C’était dans ces journées où la vie se recueille
Pour repartir sans fin vers de nouveaux instants
J’ai eu de si beaux jours au Sud du bon vieux temps...
Comme ces concertos que la musique effeuille
En notes éthérées, que notre cœur accueille
Pour s’en ressouvenir quand soufflera l’autan
Et maintenant voici la saison de l’automne
La saison où la vie se flétrit et frissonne
Vers l’Orient d’Avril et le Nord du Printemps
Et maintenant je vois au couchant de Septembre
Venir ce grand hiver au Nord du vieil antan...
Et les jours se ternir à l’Ouest de Décembre...
Las ! il faudrait tout lire, mais ces vers que j'isole achèveront de vous séduire:
« J’entends craquer les jours au creux du temps qui cogne »...
ou
« J’ai mis sur mon épaule une cape de vent
Pour regagner ce temps qu’aucun doute ne ronge
Pour rejoindre ces jours que mes amours prolongent...
J’ai chaussé mes souliers à remonter le temps »
Ou encore
« Longtemps, à petits pas, j’ai hanté le silence »
Alain Gurly, ce compagnon de la Nostalgie, nous entraîne à travers les âges, à travers les murs, « dans les forêts où meurt l‘hiver à contre-jour », dans les grands prés verts, dans le matin cévenol que dévore l’espace. Et nous le suivons comme on suit un enchanteur.
La photo que voici est prise près de sa maison. Elle illustre la couverture d’ »A l’Est d’Octobre ». Si vous aimez le crépuscule sur le vallon, l'âpre goût des futaies, le pas solitaire résonant sur un chemin pierreux, et l'immense lucidité de vivre, vous aimerez Alain Gurly. Et son recueil. Parmi tous ceux qu'il a écrits. J'ajouterai qu'il a reçu le Grand Prix de Poésie des Jeux Floraux d'Orange en 2005 et a été nominé dans plusieurs autres concours, dont celui de Lyon et celui de Sète.
Allez voir son site littéraire et poétique sur Internet: http;//versamoi.free.fr . Vous y trouverez les renseignements pratiques concernant son oeuvre et vous plongerez dans le monde intérieur d'Alain Gurly. Et tant que vous y êtes, faites un bond dans http://macevenne.free.fr, une autre façon de vous émerveiller!
LORRAINE
- "A L'EST D'OCTOBRE" , Alain Gurly - 68 page - Prix port compris: 11 euros (3 euros de majoration pour l'étranger)
(1) - 27 août 2007
LORRAINE

21 janvier 2008
A UN TIMIDE
Voici le temps des fleurs, des lilas et des roses,
Venez donc, mon ami, dans le soir apaisé
Allons jusqu’au vieux banc. La pénombre est éclose
Vous pourrez me cacher ce regard enflammé
Ce regard qui vacille comme au vent la chandelle
Quand je me ris de vous ou feins de vous aimer
Je ne suis pas, très cher, une aimable aquarelle,
Cessez de m’admirer, timide et dévoué
Que vous êtes vieux jeu ! La confusion extrême,
Les mots que vous n’osez murmurer en un souffle
Valent-ils cet aveu : « Madame, je vous aime ! »
Libérant votre cœur d’un poids qui l’emmitoufle ?
L’aveu qui se devine et l’aveu qui se dit
Ont chacun la douceur d’un souvenir qui meurt
Voyons, ne prenez pas cet air anéanti
Je vous écoute enfin parler avec ferveur
M’appeler « mon amour » ! Me blottir dans vos bras
Est un bien doux moment qui me donne l’envie
D’y rester à jamais. Surtout ne changez pas
Puisque vous me jurez de m’aimer pour la vie
LORRAINE
19 janvier 2008
CHAT, MON AMI...

Les chats n'ont pas à être mis sur un piédestal
Ils s'y mettent eux-mêmes
(Yono Morita)
17 janvier 2008
L'INSTANT QUI PASSE
La nuit miroite
Une étrange lune dans l’eau pure
Feston argenté
Peupliers debout
Sur la route bleue du vent
Ligne infinie
Rose penchée
Tu parsèmes tes pétales
Dans le matin nu
Petit jour falot
La brume se lèvera
Sur le pré désert
L’étang a verdi
La barque balancera
Ses rames d’adieu
LORRAINE

Illustration: Tableau de Sisley !Musée d'Orsay)
16 janvier 2008
JUST A GIGOLO...
Elle attend. La pluie frappe au carreau
Et son doux chant d’esclave
Ravive le regret
Dans le cœur de Sapho
Elle songe au passé, aux chants, aux fandangos
Quand elle avait vingt ans et l’âme aventurière
Dimitri était slave
Le soir au cabaret
Ils dansaient corps à corps et dessous les lumières
Elle était une reine et lui son hidalgo
L’automne l’enveloppe de sa tristesse drue
Oui, c’est vrai que jadis belle et à demi nue
J’ai mené les beaux soirs
De plus d’une revue
Dimitri m’a laissée
Après lui j’ai connu Alexis, et Armande,
Elle était si féline et tout à fait charmante...
Et les autres aussi
Nina, William, Régine, Sylvain et Domingo
Et ce soir je suis seule
Comme tant d’autres soirs
J’ai tamisé le coin où la lumière ride
Mon visage lassé par les nuits d‘insomnie
Il verra moins les cernes creusés et couleur cendre
Il sera doux et tendre, je le sais,
Et l’attendre
Me donne l’illusion qu’il m’aimera vraiment.
J’ai appelé tantôt.
Il ne vient pas pour moi mais il fera semblant
D’admirer ma sveltesse, mes mains et mes épaules
Nous roulerons ensemble sur le lit de l’ivresse
Il me dira les mots qu’attend une maîtresse.
Et je ferai semblant de les croire, ces mots.
...Il les dit chaque fois à qui veut les entendre
Boy-Escort, qu’ils disent...ou
Just a gigolo...
LORRAINE
Illustration: "Buste de Caligula" (musée du Louvre)
www.histoire-fr.com.rome
(P.S. - J'ai simplement voulu illustrer le texte par l'image d'un beau jeune homme. Il va de soi que je n'insinue pas un seul instant que Caligula était un gigolo!)

