29 février 2008
MARS
Mars , apportes-tu dans tes corbeilles un printemps hâtif ou le prolongement des vents hivernaux ?
Verrons-nous ton ciel bleu s’émailler d’oiseaux aux cris alertes, auras-tu pour chaque jardin une fleur tôt éclose ou resterons-nous derrière les carreaux à redouter encore tes frimas ?
Personnage incertain, tu arrives en dansant, gai comme Carnaval et boudeur comme un ciel de novembre. Tu déconcertes et on t’espère pourtant car tu nous approches de la saison des nids et qu’à ton horizon s’annoncent les jours d’avril.
Mars capricieux, sois-nous clément. Lance dans le ciel ton invisible appel afin que là où elles sont, les hirondelles sachent que tu permets le printemps. Et donne, pour porter leur vol, la brise tiède qui les ramènera.
LORRAINE
Illustration "Le Printemps" tableau de Botticelli
28 février 2008
PETIT JOUR
Petit jour falot qui cogne à la vitre, tu m’éveilles et ton infinie solitude me rappelle les lents désespoirs que tu faisais naître en mon âme d’enfant. Je te voyais sortir de la nuit, grelottant, malade, embrumant le carreau. La chambre m’ouvrait soudain des recoins étranges, le silence répercutait le frôlement de ma main sur le drap et le pas du chat noir en quête d’aventure.
Le premier tramway me meurtrissait de sa plainte étirée à travers l’avenue.
J’ai pleuré quelquefois. Il est de ces matins où l’amour d’un enfant a besoin de tristesse. J’ai su les chants tardifs des fêtards un peu gris, le cri lourd des matous en leur saison propice. J’ai levé mon rideau sur la rue où un passant solitaire pressait déjà le pas.
Tu es l’heure des nostalgies, petit jour falot qui cogne à la vitre, que tu sois froid et pluvieux ou printanier comme le chant des oiseaux qui t’accompagne. Je t’aime et tu me rends triste, car tu es tout un monde que je pressens sans m’y plonger et qui me laisse jusqu’au soir l’âme insatisfaite.
LORRAINE
Illustration: www.routard.com
27 février 2008
LE VAGUE A L'AME
S'il est une expression qui traduit bien un certain état d'esprit, c'est le "vague à l'âme". Ni vraiment tristesse, ni vraiment souffrance, elle reflète ce que j'éprouve en ce moment: un flou hésitant, une fatigue indéterminée, aucun goût particulier ni d'ailleurs aucune vraie détresse. Simplement l'envie d'abandonner d'un coup d'oeil indifférent les petits devoirs quotidiens et de me fourrer au lit.
Qui m'en empêche? Personne. Sinon moi...Car la vieille habitude d'être "un petit soldat" bien rodé, me prend alors à la gorge. Je m'entends murmurer: "Non, surtout pas, tu n'en sortirais plus, de ce lit". Ce qui est faux. J'en sortirai certainement, je me connais, il me suffit souvent de m'étendre pour récupérer très vite le moral. Et d'être à nouveau debout en deux temps trois mouvements.
Alors? Le "vague à l'âme" est vigilant. Il me dit oui, il me dit non, pour bien m'enfoncer dans l'incertitude. Car il sait, le bougre, que je n'ai jamais supporté l'indécision. Que l'action est mon moteur, la nonchalance mon refus. Il sait que je ne coupe pas les cheveux en quatre, donc il me renvoie l'image de quelqu'un qui hésite, histoire de m'énerver un peu. Il a plus d'un tour dans son sac, le vague à l'âme. Il chuchote: "Regarde comme il fait beau dehors. Tu n'as pas envie de sortir?". Si, évidemment...mais je n'en ai pas le courage. Me l'avouer c'est retomber dans ses rets.
Allons, je sais aussi que le vague à l'âme est passager. Que le secouer c'est d'abord y réfléchir. Et pour bien y réfléchir, c'est décidé: je vais me fourrer au lit...
LORRAINE
24 février 2008
LA FEMME SEULE

Je crois en la main nue que l’on tend vers la mienne
Je crois en l’amitié qui se lit dans vos yeux
Je crois aussi en moi quelquefois
C’est tant mieux !
Je crois qu’on fait sa vie à force de courage
Qu’il faut taire ses peines aux gens indifférents
Je crois que le bonheur change de vêtements
Qu’il entre sans frapper et repart sans bagage
Je crois qu’on s’est aimés jusqu’à la déraison
Que tu viens, quelquefois, m’effleurer de ton ombre
L’autre monde est tout près, derrière la cloison
Et j’entends, quelquefois, ta voix quand il fait sombre
Je crois que tu m’attends, un jour, je ne sais quand,
Sans question sur la vie continuée sans toi
Sachant que pour rester l’amoureuse d’antan
Il fallait la caresse émue d’une autre voix
Je crois que l’amour vrai vit jusqu’au dernier jour
Malgré les amitiés rencontrées au passage
On n’aime qu’une fois. Les autres sont toujours
Un fantôme réduit caché sous un grimage
Et je sais que tu sais que ta mort me ravage
LORRAINE
23 février 2008
PROMENONS-NOUS...

Et si les images parlaient toutes seules? Promenons-nous dans le "Chemin de forêt" si bien photographié par "minothor"
Ou peut-être au bord de la prairie?

A moins que vous ne préfériez le bord de l'eau?
LORRAINE
22 février 2008
PROVERBES DIVERS
J'ai beaucoup parlé de météorologie dans les proverbes précédents. Ils ont l'avantage d'être liés aux jours qui passent. Mais il en est d'autres, tout aussi pertinents...parfois! On commence l'exploration ?...
ABSINTHE
Le jus d'absinthe est fort amer
Mais il guérit le mal de mer
Ce n'est pas un conseil: simplement une constatation. Car chaque médaille ayant son revers, l'absinthe n'a pas que des effets bénéfiques (il s'agit de proverbes anciens, donc chargés des convictions d'époque):
Rien que toucher à l'absinthe
Fait avorter les femmes enceintes
ARTICHAUT
Pour que monte l'artichaut
Il faut de la pluie et du temps chaud
AUBEPINE
Quand l'aubépine entre en fleurs
Crains toujours quelques fraîcheurs
Surveillez donc le temps et vos jardins. Ce qu'on appelle "L'hiver de l'Aubépine" correspond à mars. Nous y sommes presque. Et à en croire le dicton, le refroidissement est proche!
Quand l'aubépine fleurit
Il faut s'approcher du surplis
J'emprunte à Jean-François Bladé cette explication: "L'aubépine fleurit à la fin du Carème, époque où l'on s'approche du surplis du prêtre pour se confesser avant la communion pascale".
GENET
A retenir, c''est un dicton optimiste!
Genet fleuri
Gel enfui
Et un dernier, très charmant:
JASMIN
Le jasmin donne l'amour à qui ne l'a
Et fait reverdir à qui l'a
A méditer, donc, les proverbes!..
A bientôt
LORRAINE
Illustration: Photo genêt - www.aurelle-verlac.com
20 février 2008
LE TEMPS SE MET A L'HEURE
Ce n’est pas un secret, depuis toujours l’homme cherche à définir le Temps. Le jour, la nuit, les minutes et les secondes. Déjà, les civilisations anciennes de l’Orient imaginèrent divers types d’horloges. Mais la « montre » , celle que nous portons aujourd’hui au poignet, semble naître vers 1500 à Nuremberg.
SOUS LOUIS XV
Sous Louis XIV et Louis XV, les « châtelaines » furent très à la mode. C’étaient de larges chaînes rehaussées d’émail et de diamants ; les clefs pour remonter la montre s’y balançaient en breloque. Les femmes l’attachaient à leur ceinture par une grande agrafe. Les hommes à leur tour s’entichèrent de cette montre qu’ils glissaient dans la poche de leur gilet, ne laissant dépasser que les breloques qui faisaient un petit tintamarre...des plus distingués !
Pour plaire à la Marquise de Pompadour, Louis XV convie en secret son horloger Pierre Caron : « Je veux une montre qui soit fine, un bijou petit et unique, pouvez-vous l’inventer ? ».
Que ne peut Pierre-Auguste Caron qui se rendra plus célèbre encore sous le nom de Beaumarchais quand il aura abandonné l’horlogerie pour le théâtre ! Caron s’est donc enfermé dans son atelier et la montre qui sortira de ses mains n‘aura nul besoin de clef puisqu’il suffira d’une molette pour la remonter.
La Marquise la portera au doigt, insérée dans le chaton d’une bague.
VOLTAIRE
Voltaire donnera à la mesure du temps une tournure inattendue. Car recueillant une cinquantaine d’horlogers expulsés de Genève, il les installa chez lui, à Ferney, et ouvrit la célèbre « Manufacture royale des montres de Ferney ». Il usa, à propos, de son crédit et de sa renommée, écrivant aux dames de la Cour en termes que l’on qualifierait aujourd’hui de « publicitaires » :
« Je prends la liberté de vous envoyer on échantillon des travaux exécutés par la colonie fondée en mon domaine de Ferney. Cette montre qui a été fabriquée sous mes yeux, est richement garnie de diamants ».
Nous n’en étions pas encore à la montre-bracelet. Elle attendit longtemps !
LORRAINE
Illustrations: Louis XV - Mme de Pompadour peinte par François Boucher (documnts Wikipédia)
18 février 2008
LA DANSEUSE
La ligne de son casaquin
Soulignait le reflet moiré
De son torse enrubanné
Pour la danse des dix sequins
Elle toisait le baronnet
Prompt à remplir son escarcelle
Et dont le regard qui harcèle
Avide la déshabillait
Fière et battant du tambourin
Elle allait, de désirs casquée
Effleurant d’un jupon cloqué
Gentilhommes et muscadins
Un peintre dessina la danse
Le pied menu et balancé
Sous l’envol d’un rythme endiablé
Semble encore compter la cadence...
LORRAINE
Illustration: www.aichaqc.com
11 février 2008
L'ORGUE DE BARBARIE

L’orgue de Barbarie
Grincelle dans ma rue
Des mots d’amour défunts
Des tendresses finies
Il se souvient de tout
L’orgue de Barbarie
Il sait que les amants
Ont fermé leurs rideaux
Qu’ils s’étaient rencontrés
Au bal de la St Jean
Ils se sont séparés
Sans trop savoir comment
L’orgue de Barbarie
S’essouffle dans ma rue
Ses souvenirs sclérosent
Et chacun sait qu’il ment
Et que la vie en rose
C’était du boniment
L’orgue de Barbarie
Miaule encore un peu
Et boitille en marchant
J’ai le cœur en charpie
Qui l’écoute vraiment
L’orgue de Barbarie ?
LORRAINE
Illustration: Wikipedia - Joueur d'orgue de Barbarie à Vienne
10 février 2008
LA CLEF D'UNE PRINCESSE
La clef d’une princesse
Ouvre les miroirs
Et ferme les recoins sombres
Elle est seule à connaître
La chambre émeraude
Où dort la princesse
Elle reste dans son écrin
Les jours de fête
Quand la princesse invite
D’autres princesses
Et quelques princes
Alors la clef de la princesse
Dort, rêve, s’envole
Et sourit aux images
Qu’elle seule connaît.
LORRAINE