ECLATS DE PAROLES

Quelques amis échangent leurs avis sur le monde, la vie, les arts et partagent leur écriture (poésie, textes, billes, nouvelles, écriture de consigne, etc.)

29 mai 2008

FEMME

Dame_1920__www

Femme des volets clos
Et des draps de pénombre
Femme du doux réveil
Dans les bras de l’amant
Femme des jours heureux
Où donc sont tes vingt ans ?

Femme des lendemains
Le bonheur t’interroge
Femme à tous les échos
Ou femme à la maison ?
Choisis-tu en aveugle
En affirmant ton nom ?

Femme des durs combats
Femme mère ou amante
Debout face au chagrin
Jusqu’à la déraison
Pleures-tu esseulée
Quand l’adieu te tourmente ?

Femme du grand amour
Ou du compagnonnage
Femme-fleur, femme-fée
Femme tout simplement
Qui es-tu, toi qui sais
Ressembler au mirage ?

LORRAINE

Ilustration: dame 1920 - www.von-zezchwtitz.de (Bil Nagel)

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27 mai 2008

L'ENFANT A L'ENDROIT, L'ENFANT A L'ENVERS

    2roses_rosesJ’ai lu ce livre presque d’une traite, c’est dire s’il m’a plu ! Car je suis entrée de plein pied dans l’univers secret de trois femmes, celles que Nicole Versailles campe avec une sensibilité très fine et beaucoup de psychologie.

    Son titre, direz-vous ? il dépayse et c’est bien, car la façon de présenter le récit dépayse aussi...et c’est parfait ! Entendons-nous : il eût été facile de raconter les choses en les prenant par le commencement : la grand’mère, la mère, la fille. Oui, mais c’eût été banal. Et ce livre est tout, sauf banal. Donc, Nicole Versailles mêle subtilement les vies de chacune. Plus exactement, elle s’adresse à la photographie de sa grand’mère qu’elle n’a pas connue. Et se dévide l’âme d’une petite fille dont l’enfance sévère s’est tue, s’est refermée, a souffert en secret et quelque part, a jugé.

    La maman traduite par les yeux de la fillette est de celles qui veulent « la paix », l’ »obéissance », le « silence ». Et qui sans le savoir se détournent à jamais des élans spontanés, des confidences joue à joue, des éclats de rire qui fusent. La petite fille imagine l’amour d’une grand’mère absente, se l’ »invente » en quelque sorte, se basant sur des détails éloquents et des bribes de souvenirs familiaux. La petite fille reconstitue à sa façon l’histoire d’une famille où le père a abdiqué et laisse à l’épouse le soin d’élever les enfants. C’est-à-dire de les punir, de les envoyer au lit, de les gronder.  De les aimer aussi, certes. La petite fille sait bien que sa maman l’aime à sa façon, et elle le prouve en racontant que,  jeune femme, sa maman  était gaie, heureuse, les photos le montrent...Que s’est-il passé ? L’usure de la vie, du couple, les enfants venus trop tôt, la monotonie, le bien-pensant, le comme-il-faut ?

    Et l’enfant tricote et détricote l’histoire de sa famille, et son histoire à elle, ses espérances, ses chagrins, et sa réconciliation intérieure longtemps après, très longtemps, avec cette maman qui l’aimait malgré tout.

    C’est un livre de femmes. Un très beau livre qui ouvre des portes et ferme les blessures. Il est écrit à l’encre du cœur. Un cœur qui bat, qui bat, qui bat...

LORRAINE

    "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" -
Editions "Traces de vie" - 15 euros .On peut se procurer le livre chez l'auteur: nicole.versailles@skynet.be

   

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25 mai 2008

LE PETIT BONHEUR

     Je n’ai pas mis mes bonnes chaussures ce matin. J’ai laissé ma voiture  juste avant le pont,  mon bureau d’architecte est de l’autre côté et je porte mes souliers bruns en veau fin, souple, des souliers d’homme élégant.  Je chantonne aussi à bouche close :

     « C’est un petit bonheur que j’avais ramassé, il était tout en pleurs sur le bord d’un fossé.

     Ca tourne dans ma tête. Il fait un de ces soleils d’automne à vous coller l’envie de tout plaquer, de vous envoler par-dessus les arbres et de planer, loin. Alors, j’ai bifurqué, oui, d’un coup, comme ça  sans me consulter vraiment, j’ai quitté le trottoir et coupant à travers une prairie, je suis parti vers le sous-bois dont je vois la cime se balancer. Une envie folle d’odeurs humides, de sentiers détrempés, une envie d’étang boueux et verdi. Et toujours cette rengaine du « P’tit bonheur ». Je marche. J’aurais dû mettre mes basketts. Mais je suis bien. J’entends le rare appel d’un corbeau, le doux grésillement d’un écureuil discret, la voix plaintive  d’une fleur. Une fleur ?... Une fleur d’automne comme je n’en ai jamais vu.  Assise au bord de l’eau, sa corolle de pétales jaunes humides de brume, elle a les larmes aux yeux. Enfin, c’est incroyable, une fleur ne parle pas ! Mais elle insiste, elle dit :

    « Monsieur, emmenez-moi, chez vous emportez-moi »...f_e_avec_fleur

    Je me secoue : impossible, ce sont les mots de la chanson, elle ne peut pas savoir que je la fredonnais, elle est sorcière, cette fleur ! Une fleur ?..

    Alors, j’ai bien regardé. Non, c’est une toute petite femme triste, haute comme une tige, qui tend vers moi des bras de verdure, des yeux de myosotis. Agenouillé près d’elle, dans le chemin détrempé, je l’ai prise dans ma main. Elle a souri, s’est assise dans ma paume, puis, couchée en rond, comme un chat, elle s’est endormie.

     Je l’ai emportée dans la poche de mon veston. Nous allons nous marier. Demain, je la présente à ma mère. Elle sera contente.

LORRAINE

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23 mai 2008

MOIS DE MAI


    Mois de mai on dit que tu apportes des jours parfumés et de douces nuits, qu’il suffit  d’écouter pour entendre les oiseaux et de lever la tête pour surprendre le mystérieux voyage des étoiles.

    Tu m’a apporté, dans la lanterne du jardin, une merlette qui couve. La lune inonde sa patience, le soleil éclaire son œil noir, elle me regarde quand je passe et attend dans la fête les petits qui viendront.

    Tu as de ces étranges cadeaux : le facteur  m’a croisée, l’allure rêveuse, une toute petite fille en jaune m'a tendu sa poupée et le chien du voisin m'a fait la fête avec exubérance.1_an

    Je ne sais ce que tu donnes aux autres, mais pour moi tu as de la douceur  et je t’aime d’être, avant le brûlant mois de juin, celui des espérances et des consolations.

LORRAINE

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20 mai 2008

MON ILE DESERTE

    La consigne nous impose de parler de « notre île déserte » mais sans employer de « a ».  Alors....A nos plumes !

    X


    J’y suis sur le bord de mon île. Peu de monde, personne même. Des fossés, des filets
de flotte, de l’herbe, énormément d’herbes diverses, une hutte, tiens, oui !

    Quelqu’un ? Non. Voyons. Je crois voir des empreintes. Un singe ? Un homme ?charmeur_serpent_2 Oh ! oh ! un homme ! Quelle veine ! Petit, rond, long, étonné, surpris, inquiet, heureux peut-être ?...Brun ? Noir ? ou comme moi, divinement blonde, le teint pur, les lèvres vermeilles. Qu’est-ce que je dis ! Il est sûrement poilu, le soleil de ce coin de terre excite le bulbe, j’en suis sûre !...Une silhouette derrière les rochers...je vibre de curiosité. Lui, je pense qu’il ignore encore qu’une femme le guette. Intéressée. Et pleine d’émotion...

    Le voici !...

LORRAINE

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15 mai 2008

L'ESPRIT SOUFFLE OU IL VEUT...


QUAND ON COURT APRES L'ESPRIT, ON ATTRAPE LA SOTTISE

(Montesquieu)

bonjour_souris

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14 mai 2008

FUNAMBULE

Danse dans la nuit
Funambule des hauts gradins
Poussière d’étoile

J’entends la rumeur
Des regards levés vers toi
Balancier du ciel

Oui ou non qui sait ?
La foule attend, marche, va                         el_funambul_gran
Sous le projecteur

Enserré d’or bleu
Glisse ton pas vers la gloire
Et descends vers nous

LORRAINE


illustration: http://damiatimoner.com

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11 mai 2008

FOLIE DOUCE

Je vends des roses et des cerises
J’ai des chansons dans mon chapeauchapeau_fleurs
Un chat blanc qui fait le gros dos
Et des instants de gourmandise

J’ai des parfums venus d’ailleurs
Des lampions pour les soirs d’hiver
Des rubans bleus, des rubans verts
Et des jabots de Monseigneur

J’ai dans la tête un chant d’été
Aux mains des gants de filoselle
Un jupon court de demoiselle
Et sur mes lèvres la gaîté

Je vais nu-pieds dans le cortège
Qui nous entraîne tous ensembleespagnol
Vers le destin qui nous rassemble
Pour un dernier tour de manège

Et si j’agite un tambourin
Comme la folie qui chantonne
Surtout ne le dites à personne
C’est que je vais mourir demain

LORRAINE

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09 mai 2008

HISTOIRE D'EAU

Furtive course d’eau
Pont de bois chancelant
Ruisseau

Silence en mouvement
Murmure de l’été
Fontaine

Grottes éclaboussées
Vrombissement mouillé
Cascade

Cristal dans le soleil
Retombée d’arc-en-ciel
Jet d’eau

LORRAINE

fontaine

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08 mai 2008

AU BAS DE L'AFFICHE...

   Il a plu toute la journée. La route ruisselle. Dans sa camionnette,  Jim a mis de la musique, elle lui rappelle sa jeunesse, quand il s’élançait du trapèze au triple roulement du tambour, tournait trois fois sur lui-même et se hissait juste à temps à côté de Lolita, arrivée en sens inverse par une acrobatie jumelle.

    Il est 3 H. Ce soir, la représentation a lieu sur la côte belge, à Wenduine ; les autres auront dressé la tente près des dunes, sur l’esplanade. Il a le temps.  De répéter ?  Inutile. Il sait tout : parler du nez en se dandinant le long des gradins, interpeller un gamin dans la foule :

    - Eh toi, manneke, tu viens une fois près de moi...

et lui montrer une orange, deux oranges qu’intrigué le gamin cherchera en vain la minutes d’après. Disparues ! Il a le chic, Jim, pour leurrer les spectateurs. Le chic ! Son sourire amer fléchit.  Ses muscles d’athlète, son extrème souplesse, sa rapidité infaillible, il a tout perdu avec l’âge.

    Maintenant il est clown pour ne pas être clochard. Tout son art, il le met dans ses épais cils bleus, son nez et son chapeau rouges. Il manipule à merveille les couleurs et les pinceaux, sa main subtile travaille l’incarnat et le rouge franc, le bleu-de-nuit et le bleu-ciel.

    Tantôt, il lira son nom au bas de l’affiche :

    « Les frères Delerme se joueront de la mort avec la complicité du clown Jim »

    La complicité ! Sous leurs exploits, à même le sol, tandis que là-haut les corps en maillots blancs se lancent, virevoltent, se rattrapent de justesse, culbutent, s’accrochent par les poignets ou les chevilles, lui, peinturluré, feindra la peur absurde, roulera par terre son pauvre corps terrorisé puis se relèvera en final pour applaudir les héros.

    Il ne pleut presque plus. Jim grille une cibiche. Il ne doit plus surveiller son souffle. Tiens, un arc-en-ciel ! Les dunes s’auréolent d’or un bref instant. L’orange souligne le bleu, le sable est vert.

    - Signe de chance, murmure machinalement Jim.arc_en_ciel_08_2000_vignette

    L’horizon s’éteint. Lolita, qu’est-elle devenue ? Il paraît qu’elle amène les chevaux arabes en courant près d’eux, habillée en gitane.

    Jim revoit ses yeux verts, sa taille de princesse, leur amour bref et vite séparé. Elle a suivi un cirque international. Lui s’est contenté de moins. Mais le temps a passé, elle a vieilli, elle aussi. On lui a dit qu’elle reviendrait bien au cirque Delerme.

    Et si elle était là, ce soir ?...

LORRAINE

Posté par incarnat à 09:29 - La nouvelle du mois - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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