entouteamitie3  Je retrouve un brouillon de lettre au fond de mon tiroir le plus obscur, celui qui n’est qu’à moi, où je range l’image d’une rose, un pendentif de maman, une bourse de velours noir, et le bel étui à cigarettes en cuir bordeaux que je reléguai inexorablement le jour où je décidai d’arrêter de fumer.

    Ce brouillon, je le relis. Cette lettre, l’ai-je jamais envoyée ? Je ne sais pas, je ne sais plus. Sans doute fallait-il que je l’écrive, ne serait-ce que pour moi, pour l‘écarter peut-être, lui, cet ami, et me protéger, sans doute...

    « Parlons de cette lettre que vous m’avez promise, à laquelle je ne crois pas et que pourtant j’espère. Vous savez bien qu’elle sera inutile, que je ne vous aimerai pas davantage, mais vous ignorez peut-être aussi combien je la voudrais amicale et douce, pleine de vos pensées et vide de votre cœur.

    Car je ne veux plus de vos aveux fous, de vos chagrins d’enfant, de ces bonheurs éphémères parce que j’aurai souri ou semblé m’attendrir. Ne pouvez-vous être un ami tout simplement ? Parce que nous sommes femmes, devons-nous nécessairement nous montrer amoureuses ou tout à fait indifférentes ? Ne nous est-il pas permis d’éprouver ce sentiment moyen pour un homme qu’on estime, qu’on désire rencontrer sans qu’aussitôt il faille languir de son absence et succomber sous son regard ?

    Et s’il était vrai que vos paroles nous troublent, que nous souffrons soudain parce que vous parlez de nous fuir, alors, soyez cruels, de grâce, fuyez-nous ! Fuyez-nous de crainte que nous vous aimions à notre tour, follement, pour quelques jours ou quelques mois, puisque déjà nous avons depuis longtemps choisi un autre et que vous ne pouvez être que l’ami »


    Comme le temps passe ! L’ami resta un ami, lointain, que nous revîmes quelquefois au cours des ans. Je viens d’apprendre aujourd’hui qu’il est mort...

LORRAINEBisous