29 avril 2009
DEMOISELLE DE VINGT ANS
Demoiselle de vingt ans
Qu’avez-vous fait de vos gants ?
Vous allez l’épaule nue
Court vêtue et minaudant
Demoiselle de vingt ans
Que faites-vous dans la rue ?

Qu’avez-vous fait de vos gants
Les cachez-vous, sacripant ?
Imberbe et les mains nues
Je vous vois, allant, venant,
Que faites-vous dans la rue
Quand la belle vous attend ?
Vous avez remis vos gants
Pour la belle de vingt ans
Qui vous guettait dans la rue
Mais non, elle n’a pas d’amant
Ne soyez donc pas crispant
Puisque votre heure est venue
LORRAINE
27 avril 2009
LE FOURRE-TOUT DE MES PENSEES
Le fourre-tout de mes pensées se révolte contre ma maîtrise. C’est vrai, ça, je suis une femme organisée, ordonnée, lisse ; je ne veux déranger personne, je suis discrète, compréhensive, je pèse mes mots pour ne pas blesser, pour ne pas non plus épancher trop de moi-même.
Et tout à coup, une brise de révolte m’effleure. Une brise qui enfle, se fâche un peu, se fâche beaucoup. Parce qu’en fait, j’ai envie de raconter des choses sans importance, qui se débrideraient, diraient qu’aujourd’hui est un jour sans couleur, que je le porte un peu comme une croix . Me plaindre, moi, jamais ! Et alors ? Qu’y a-t-il de si monstrueux à avouer que certaines heures n’ont aucun goût, qu’elles sont neutres, inodores et se traînent. Que j’hésite à décider si oui ou non je vais ranger le bureau, faire la sieste, ou prendre une douche bien tonique pour m’éveiller tout à fait ? Que j’ai envie de me faire les ongles en amande, de les plonger dans de l’huile d’olive parfumée de citron, pour qu’ils reprennent vie, car les antibiotiques du mois passé les ont striés et appauvris.
Que ma fille vient de m’envoyer des photos d’autrefois qui réveillent le passé.
Un passé, c’est à la fois heureux, vigoureux et un peu triste. On s’y retrouve comme on y était, comme on n’est plus. Le temps change de mode, le visage garde son expression enjouée mais griffe le coin du regard, creuse un pli près de la bouche. Et si d’habitude je m’en moque, aujourd’hui c’est moins facile. Alors je l’écris...
Et le fourre-tout de mes pensées vous l’avez sous les yeux. On appelle cela « se lâcher », je crois ? Et je sais que vous pardonnerez cette faiblesse...passagère !
LORRAINE
25 avril 2009
UN ANGE M'A DIT...
J'ai vu un ange dans mon sommeil. Il avait sa couronne un peu de guingois, c'était u
n ange gai, qui me voulait du bien. Alors, d'un clin d'oeil, il a fait surgir une grenouille qui dansait, son chapeau haut de forme à la main, comme un monsieur d'autrefois.
J'étais très contente, j'aime les grenouilles qui dansent, mais aussi les lapins, les oies, les merles, les canaris, les fées, les fleurs, les jolies robes, les souliers de Cendrillon et le Prince de Blanche-Neige. L'ange savait tout. Il a fait un autre clin d'oeil et voici ce que j'ai vu...
Une fée un genou en terre, brunie par le soleil du firmament. Elle s'interrogeait: irait-elle vers le Nord? Elle venait de l'Orient et souhaitait voir du pays. Sa perplexité était grande et elle m'interrogea dans son langage. Mais je ne connais pas le langage des fées
et je suggérai que, peut-être, l'Oiseau Bleu pourrait lui être d'un grand secours. Mais ce fut un cardinal rouge qui vint se poser sur sa main. Ils parlèrent, ou gazouillèrent, ou chuchotèrent, ou peut-être roucoulèrent-ils, mais ils se comprirent fort bien, tandis que je restais coite.
Ils prirent leur élan ensemble et s'envolèrent dans une harmonie jumelée, me faisant un signe d'amitié.
Alors, je me suis éveillée. Et des fleurs à l'infini brodaient le printemps.
LORRAINE

23 avril 2009
OH! MONSIEUR RODOLPHE!...
(Le sujet : écrire d’une façon facile, un peu niaise, un récit entre ne servante et son patron. Je l’ai fait !)
X
Rodolphe Bannière en chemise ! Effectivement !...Je n’en reviens pas. Je n’ai pas rêvé. Et il m’a dit en me faisant un clin d’œil : « Marinette, tu es une grande fille maintenant, mets-toi à l’aise »...J’ai posé le plateau du petit déjeûner sur la table et j’ai pris mes jambes à mon cou. Et il riait, je l’entendais jusque dans le corridor.C’est pas pour dire, mais moi je ne savais plus quoi faire. C’est mon maître, d’accord, mais quelque part je crois qu’il n’a pas de bonnes intentions... C’est pas parce
qu’il est jeune et beau qu’il peut se permettre...enfin quoi, de montrer ses fesses et, si j’avais regardé, autre chose aussi..
J’ai envie de dire qu’il s’amusait, qu’il ne me voulait pas de mal. Jusqu’ici, travailler pour lui c’était que du bonheur. « Et Marinette par-ci, et Marinette par-là »... Gentil, ça oui, et bien élevé. Quand il me demande : « Tu te plais ici, Marinette ? » je réponds « Tout à fait, M. Rodolphe » alors il me tapote le derrière et je continue à épousseter son bureau.
Maintenant, je suis embêtée. Qu’est-ce qu’il va penser ? Je pourrais peut-être frapper à la porte, m’excuser, dire : « Monsieur Rodolphe, pas de souci, je viens faire votre chambre ». Oui mais non, il va tout de suite croire que je le fais exprès, et que ça n’a pas d’importance qu’il soit rien qu’en chemise.. D’ailleurs, c’est vrai, comme ça il était trop mignon...Mais qu’est-ce que je dis ! Ma fille, fais attention à toi, hein ! D’accord, d’accord...
Alors, j’y vais ou j’y vais pas ?..Y a pas photo : j’y vais...
LORRAINE
22 avril 2009
SOLEIL!
Comment ne pas croire au printemps? Il a déposé un ange dans les pensées du jardin, un ange qui regarde, ébloui, la journée douce et belle, aux promesses infinies. Laissons-le à son extase, retenons notre souffle, c'est du bonheur qu'il apporte.
LORRAINE

21 avril 2009
LA PREDICTION DES CARTES
Les cartes devant moi étalent leur mystère
Voici l’homme étranger qui dans la nuit viendra
Le beau valet de cœur va chercher à me plaire.
Une amie éplorée l’aime et me haïra
Si ma vie se pouvait jouer en cet instant
Je tournerais le sort comme on tourne les pages 
Le Roi de cœur serait à jamais mon amant
Et le Roi de Carreau s’en irait en voyage
Les piques quitteraient mon chemin hasardeux
Je ferais de l’amour mon plus bel oriflamme
Je ne prédirais rien que des demains heureux
Des nuits et des matins épargnés par les larmes
L’as de carreau serait le porteur de nouvelles
Qu’on espère toujours et ne reçoit jamais
Le huit de cœur aurait la douceur éternelle
Des mots dits doucement comme on dit un secret
J’éloignerais de moi le neuf de carreau trouble
Qui annonce rupture, retard ou manquement
Le neuf de cœur serait le bonheur qui découle
D’une rencontre amie et pleine d’agrément
Le sept de trèfle aurait pour moi une pensée.
Le valet, très galant, donnerait sa lumière
Au dix de cœur joyeux qui me ferait danser
A la fête où j’irais déguisée en bergère
Les cartes devant moi n’ont plus aucun mystère
Je sais que le bonheur pour moi s’est arrêté
Et qu’il repartira par la porte cochère
Des amours d'autrefois qu’on ne peut oublier.
LORRAINE
Image: Wikipédia Commons
18 avril 2009
LES HOMMES

"Il ne faut pas s’affliger de n’être pas
connu des hommes, mais, au contraire,
de ne pas les connaître."
Le Li-Kin

15 avril 2009
MOI, L'ARISTOCRATE...
(La consigne nous imposait de commencer un court récit par une phrase choisie parmi les quatre proposées. J'ai choisi: "Le temps est la première question")
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Le temps est la première question. J’ai donc mis mon bonnet, il pleut. Il faut dire que je vais bout du monde, plus exactement dans le terrain vague du coin : ne riez pas, c’est là que j’opère. C’est là que je déploie mes charmes. Il faut les voir !...Dès que j’apparais, les têtes se tournent, les regards brillent. Je suis grande, élancée, vive. Pas une mémère pataude qui se traîne d’un banc à l’autre (Oui, il y a deux bancs dans le terrain vague, rescapés du temps où, ici, c’était un parc).
J’ai de la classe, j’appartiens à une lignée d’aristos bien pensants, biens nourris, bien vêtus qui n’approuveraient certainement pas mes galipettes. Mais quoi ! A chacun sa vie ! La mienne a été bousculée, j’ai vécu dans un patelin morose où je m’ennuyais, mais déjà où que j’aille, on me suivait des yeux, on s’attendrissait parfois, on me louait toujours
Et puis, j’ai quitté ce lieu un peu crotté pour une villette bien propre où je pavoise d’ailleurs tout autant. J’aime plaire. Oh ! bien sûr, pas à tout le monde ! Certains changent de trottoir pour m’éviter, d’autres font carrément demi-tour. Je m’en moque.
Zut, il pleut de plus en plus fort. Heureusement, j’ai mis mon imper rouge qui flatte ma démarche. Impossible de passer inaperçue. Le bonnet rouge couvre bien le front et le cou aussi.
Je me sens bien. Le terrain vague fleure le printemps. Des crocus poussent sur ses flancs herbeux. Un petit jogging ? Pourquoi pas, ils vont tous me courir après, je les connais. Je verrai bien qui me rattrapera. Si c’est Arthur, je le toise, je lui crie dessus, je l’expédie. Il a l’habitude et pourtant il s’entête. Ah ! les hommes, quels crétins !
Quoi ? Comment je m’appelle ? Je ne l’avais pas dit ? Athéna. Un beau nom pour une fille dobberwomen, non ?..
LORRAINE

Photo: "Ciel noir sur Belladone" (Brulama - Flikr)
12 avril 2009
CHANTEFABLE
Seule au bord de l’hiver
Assise en son boudoir
Elle écoute en silence
Le passé qui revient 
Il tourne dans sa tête
Certains soirs de novembre
Il a le pas fougueux
De l’amant éperdu
Il entre sans façons
La bouscule : Oh ! pardon
J’ai brisé le collier
Et froissé le jupon
Ma mie que tant j’aimai
Donnez vos mains d’enfant
Ridées par les années
Je les caresse encore
Et les caresserai
Jusqu’au soir bienheureux
Où vous me rejoindrez
Madame, à tout jamais.
LORRAINE
Illustration: Edmund Blair Leigthon: "L'adoubement" (Wikipédia Commons)
10 avril 2009
PROVERBES DE PÂQUES
Bien entendu, les dictons et proverbes de Pâques foisonnent ! Mais je choisis pour vous ceux qui peuvent convenir à notre époque et à nos saisons.
« Pâques de longtemps désirées
Sont en un jour tôt passées »
« Pâques tôt, Pâques tard
Un bon merle a des petits à Pâques »
« Pâques pluvieux
Saint-Jean farineux »
« A Pâques, le temps qu’il fera
Toute l’année s’en rappellera »
« Quand il pleut le jour de Pâques
il pleut pendant quarante jours »
Préparons-nous donc ! Et jetons un rapide coup d’œil sur les proverbes des jours qui suivent.
Le 22 avril nous annonce : « Pluie le jour de Sainte-Opportune, ni cerises, ni prunes ». Ah ! bon ! Et puisque nous parlons (décidément beaucoup...) de pluie, voyons ce que nous réserve le 23 avril.
« S’il pleut à la Saint-Georges
N’y aura ni guigne ni orge »
(La « guigne » est une cerise à longue queue)
Et, plus joyeusement :
« S’il pleut le jour de St Georges
Toutes les cerises lui passent par la gorge »
Le vilain ! Mais il n’est pas le seul de mauvais augure. Voici St Marc, le 25 avril, qui annonce fortement :
« A la St-Marc, s’il tombe de l’eau
Il n’y aura pas de fruits à noyaux »
Mais heureusement le bon St Frédéric nous rassérène le 27 avril :
« A Saint-Frédéric tout est vert, tout est nids,
Plantes, bêtes et puis gens, tout sourit »
Quittons-nous sur cet espoir, Joyeuses Pâques à tous, et à bientôt !
LORRAINE
