31 mai 2009
LA ROMANCE DES FONTAINES
Les fontaines parlent d’amour
Sous la dentelle de leurs bronzes
La main de Neptune a toujours
Le geste bénisseur des bonzes
L’eau ruisselle sur ses épaules
Et son beau visage d’airain
Verdit un peu dessous le saule.
La nymphe agite un tambourin
La forme oblongue d’un triton
Sinue sous l’onde cristalline
Un trident orne le fronton
De la fontaine citadine
L’eau murmure sa chanson triste
Inlassablement nuit et jour
Pour les amoureux, les artistes
Les poètes et les troubadours
LORRAINE
Photo Obs
29 mai 2009
ENFERMEES DANS L'ASCENSEUR!..
Nous rentrons des courses, nous sommes très chargées, ma nièce (et mon aide ménagère qui est descendue, appelée à la rescousse) m’aident en enfourner les quatre sacs à provisions dans l’ascenseur. J’ appuie sur le bouton, nous démarrons et...Stop ! A 25 centimètres du sol, plus rien à faire : bloquées !
- Tiens, dit Chantal, qu’est-ce qui se passe ?
Elle pousse à nouveau : 1,2,3,4,5,6 étages...Eh oui, morts tous les boutons et nous, enfermées vivantes !
- Pas grave, dit-elle avec entrain, je pousse sur l’alarme.
Elle pousse. Fort, longtemps, à coups répétés. Rien. Personne. Puis du poing elle tambourine contre la porte ; Marguerite s’y met aussi. Leur tapage m’étourdit un peu, mais je reste stoïque. Je garde mon sang-froid (moi qui suis une anxieuse !), je tire Chantal par la manche pour qu’elle m’écoute, je n’ai qu’une pensée : avertir ma fille pour le cas où... Nous devons toutes les trois être un peu chamboulées puisqu’aucune jusqu’ici n’a pensé à téléphoner au numéro affiché contre la paroi. Il n’y a pas d’appareil dans l’ascenseur mais Chantal a son GMS et appelle ma fille, qui à tout hasard appelle une personne du syndic de l’immeuble, absente comme je le supposais. Ils sont tous absents, ou alors ils sont sourds ! Sinon notre vacarme les aurait alertés !
Ma fille rappelle : « Si les dépanneurs n’arrivent pas, appelez les pompiers ». Elle a raison, mais la téléphoniste a affirmé avec une désinvolture qui me désarçonne que les dépanneurs viendraient « dans un moment ». Elle n’a sans doute jamais été enfermée, elle !
Finalement, une voisine revenant de son travail ira à pieds à tous les étages voir si, par hasard, un bouton ne fonctionnerait pas, puis redescendra et nous nous parlerons à travers la porte fermée. Un habitant du 5ème descendra à son tour, étonné de n’avoir rien entendu. Finalement un petit groupe compréhensif nous tiendra compagnie (moralement) et enfin les préposés arriveront. Vite fait bien fait. Nous voilà sorties. Ils sont très aimables, eux, rassurants. Je suppose qu’ils ont plus d’une fois trouvé des personnes affolées, d’autre souffrant d’un malaise ; les claustrophobes (je le suis un peu) ne doivent pas en mener large dans de telles situation !
Une demi-heure, c’est peu...mais c’est aussi beaucoup quand on lutte contre ses pensées, serrées à trois dans un ascenseur pour quatre personnes mais encombré par les sacs à provisions à nos pieds.
Bref, du coup j’ai fait connaissance avec des voisins inconnus et aimables, et je me suis juré de ne plus jamais prendre l’ascenseur sans GSM !...
LORRAINE
28 mai 2009
BONJOUR
Je suis coincée aujourd'hui: ce matin, visite chez l'ophtalmologue pour vérifier l'oeil droit qui voit trouble ce qu'heureusement, l'oeil gauche voit parfaitement. C'est un as, mon oeil gauche, il a surmonté tous les obstacles: myopie, astigmatisme, cataracte, il est indemne et, paraît-il, a une vision de 10, prenant sur ses épaules tous les efforts. Pourquoi je vous raconte ça? Ah! oui, parce que ma journée sera bien remplie: après l'ophtalmo, les grosses courses. Et après les courses, devinez?... Le dentiste! Je me suis dit: si on peut tout régler le même jour, allons-y! Donc j'y vais...
A demain!
LORRAINE
26 mai 2009
LE FANTOME
J’avais vingt ans, je venais de quitter cette maison que j’aimais et qui noyait sa solitude dans l’obscurité de l’hiver. Il faisait froid, un de ces froids qui hurlent à la mort dans les quartiers citadins. Je rentrais du bureau. J’avais un peu mal à l’âme, comme on s’émiette certains soirs brumeux qui ôtent toute espérance. Sur un coup de tête, j’ai pris le chemin de la maison vide.
Je la connaissais bien, elle et son réverbère éclairant l’escalier
fantomatique. Je ne suis pas peureuse. Donc je suis entrée, j’avais gardé la clef comme une amulette, dites-moi pourquoi ?
Sans effort, je suis montée jusqu’au second où j’avais ma chambre-bureau, il n’y a pas si longtemps. Rien. Personne. Le silence. Le bruit maugréé du vent. L’ombre floue de ma silhouette, la porte que j’ouvre. Rien... Rien ? Je tends l’oreille. Non, je rêve. Non, personne ne monte. Non, je n’entends pas vraiment ce frôlement sur le mur comme une main qui effleure. Non...Je ne bouge plus. J’attends. Je sais qu’il y a quelqu’un. Quelqu’un d’invisible, une ombre impalpable, un personnage venu d’où ? La main sur le mur effleure toujours, la caresse s’arrête à l’étage où je suis, mon cœur bat...Un imperceptible vertige m’inonde d’une certitude éblouissante : là, dans cette maison vide, quelqu’un vient à moi, quelqu’un d’un autre monde et qui à des choses à me dire...
J’ai attendu. Longtemps. L’effleurement a cessé. La visite a pris fin. Je suis redescendue. Oppressée et pourtant heureuse d’un étrange bonheur inconnu.
Rentrée chez moi, j’ai machinalement regardé le calendrier : nous étions le 28 mars. Pour beaucoup, cela ne signifie rien. Pour moi, qui l’ai lue avec passion, c’est Virginia Woolf emplissant ses poches de pierres et entrant ce jour-là dans la rivière. Pour toujours. A moins que, ce soir...
LORRAINE
Illustration Wikipédia Commons: Virginia Woolf par George Charles Beresford, en 1902
24 mai 2009
ET SI ON JOUAIT AVEC LE FEU?
(Une consigne un peu casse-tête : à l’aide d’une longue liste de mots ayant trait au « feu », nous devions écrire une histoire en accumulant le plus possible ! On me pardonnera, j’espère, le chemin que prit ma plume en suivant simplement la contrainte !)
X`
Je tisonnais le feu dans le salon quand il m'a dit :
- Vous ressemblez à une vestale, les flammes, la lueur de la chandelle, vous donnent un éclat tellement aguichant !
Il se tut. Etonnée, je lui jetai un regard torve. Je connaissais l’homme strict, sérieux, au regard froid derrière ses lunette cerclées d’or et nous étions là pour parler d’un sujet parfaitement anodin quoiqu’ennuyeux : les vertus du Pyrex comparées à celles du banal verre à vitre. Il m’avait promis de m’engager comme démarcheuse.
Certes, ce métier n’allait pas me propulser sous les projecteurs, mais quoi, c’est la crise et il faut manger. J’avais donc remisé ma toge, jamais utilisée, au placard et je m’initiais aux arguments convaincants et convaincus que je devrais bientôt déployer.
Je ne suis pas une pétroleuse, aussi le compliment de mon probable nouveau patron me laissa-t-il de glace. J’allais aborder le Pyrex quand il me lança avec fougue :
- Je ne suis pas Vulcain, mais les flammèches de vos yeux me brûlent.
J’étais toujours agenouillée devant l’âtre, mais je me relevai et allumai le spot . Il illumina l’homme. A vrai dire, je ne l’avais pas encore bien regardé jusqu’ici, préoccupée par l’attraction du Pyrex que j’irais vendre jusqu’en Patagonie si tel était mon destin.
Il se leva aussi. Grand, bien bâti, c’est vrai qu’il ne ressemblait pas à Héphaïstos (dieu du feu et des volcans) mais il me bombardait de sourires aux dents blanches qui, peu à peu, créaient en moi une sorte d’exaltation totalement imprévue.
Il s’approcha de la cheminée et prit un silex qui se trouvait là.
- Belle pierre,dit-il. Elle est incombustible.
- Comme moi, dis-je bêtement.
- Ah ! ah ! en êtes-vous bien sûre ?
Pas vraiment. Je le laissai donc approcher. Allais-je m’offrir en holocauste pour obtenir le Pyrex ? Il ne me laissa pas le temps d’y réfléchir, m’entoura de ses bras. Ce fut une rafale, une salve, après quoi il fourgonna les braises. Et notre entretien se termina par une apothéose.
Je fus engagée.
LORRAINE
Photo Wikipedia Commons
22 mai 2009
CLAIR DE LUNE
Par le carreau, le clair de lune est entré et effleure la table de chêne, la coupe qu rayonne comme un ostensoir d’or, la pesante orange et le raisin duveteux. Il contourne le miroir car il a peur de son reflet, mais s’attarde au tableau où une jeune femme pâle sous l’énorme chapeau empanaché semble lire une missive.
Il titube un instant sous le parfum des roses, s’accroche aux coussins
épars et nez à nez avec le petit léopard rouge qui lui fait la nique du haut de sa console, il s’en retourne à reculons vers les gazons qu’il aime pour y rêver.
Dehors, il a des grandeurs dantesques, donne aux nuages tumultueux des crêtes incendiaires et inonde d’or pâle les arbres et les fleurs. Un chat noir en promenade devient jaune et s’effraie, il pousse vers le ciel un miaulement long et fuit.
Je suis entrée dans ma chambre ; mais l’indiscret clair de lune y était. Etendu sur mon lit, il attendait dans toute sa clarté. Alors, j’ai tiré les rideaux et il s’en est allé sans bruit frapper à d’autres fenêtres et réveiller les belles.
LORRAINE
19 mai 2009
RECTIFICATIF
Le 15 mai j'annonçais un "Duel de plume" organisé par Carambaolé sur le thème "Dialogue de l'impossible" mais je constate que je me suis trompée en donnant l'adresse. Ceux ou celles qui souhaiteraient lire les participations, anonymes, feront donc:
http://point-d-interrogation.over.blog.com
Il s'agit d'un jeu, évidemment. J'y ai participé pour le plaisir de faire s'affronter deux personnages de qui je ne vous dirai pas les noms jusqu'au 23 mai, date de clôture et annonce du vainqueur! J'y ai surtout vu l'agrément de dérouiller ma plume autrement. J'utilise en effet rarement le dialogue. C'était une occasion rêvée!

A bientôt!
LORRAINE
18 mai 2009
LES CASSE-PIEDS
(Pour obéir à la consigne, il fallait commencer par la phrase : « Pour être franc, je n’ai pas vraiment de question à vous poser mais... » et poursuivre à notre gré. Voici mon histoire.)
X
Pour être franc, je n’ai pas vraiment de question à vous poser mais j’aimerais bien savoir...Non, pas qui vous êtes, je n’oserai jamais. Comment vous vous appelez ? Ce serait indiscret et je suis la discrétion même.
Votre âge ? Je dirais la trentaine. Je me trompe ? Ah ! vous voyez, j’ai touché juste, je suis physionomiste. Moi, j’ai 28 ans.
Vous vous appelez comment encore ? Ah ! vous ne l’aviez pas dit..Joseph ! C’est démodé...enfin si ça vous convient, moi ce que j’en dis. Tiens, je vous appellerais Jo, Jo c’est court, c’est américain, c’est anglais, c’est jeune...
Comment, Joseph un point c’est tout ?! Ce que vous êtes susceptible, Joseph ! Je ne m’y ferai jamais. Joseph !...
Vous dites ? Je n’ai pas « à m’y faire » ? Dites donc, vous n’êtes pas
très gentil. Je veux briser la glace, je suis aimable et vous me rabrouez d’une façon !...Je n’ai pas l’habitude qu’on m’envoie sur les roses, moi, Joseph ! D’habitude on est bien content de me parler. On dit que je suis une personne ouverte, franche...Mais vous ! Quel mufle !...
Pour être franche, je n’avais pas vraiment de questions à vous poser, mais j’ai voulu rompre ce silence. Je sais, je suis trop gentille. On ne se refait pa. Ah ! ça va être votre tour. Le dentiste est un homme charmant.
Quoi, vous avez mal ? Il fallait le dire, Joseph. Vous voulez passer avant moi ? Qu’est-ce que vous avez ? Vous faites la gueule ? Vous avez besoin d’air. Voilà, j’ouvre la fenêtre. Vous êtes content ? Joseph ? Joseph ?!..Ca alors, il est parti...
LORRAINE
15 mai 2009
DIALOGUE DE L'IMPOSSIBLE

Carambaole a organisé un "Duel de Plume" auquel j'ai participé. Il y a dix-sept participants, tous anonymes. Peut-être aurez-vous plaisir à lire ces conversations entre personnages qui ne peuvent à aucun prix s'être connus et qui pourtant, dissertent!
J'ai eu beaucoup de plaisir à inventer ce dialogue, comme tous les autres certainement!
Vous qui me lisez habituellement, me trouverez-vous?...
LORRAINE
Voici l'adresse: http://point-d-interrogation.over-blog.com
14 mai 2009
LA FORET SE REVEILLE
Il est donc revenu le doux chant des oiseaux
Insolent ou ténu sur le flanc des coteaux
La forêt se réveille
Le pic-vert l’a clamé de son toc-toc précis
L’écureuil a grimpé sans hâte et indécis
La forêt se réveille
L’humus frais du printemps s’exhale et interpelle
L’orvet sort de l’étang, un bouton d’or chancelle
La forêt se réveille
Le ruisseau est sorti de son lit fatigué
Il a plu, le voici qui va baguenauder
La forêt se réveille
Le passant va cueillir le narcisse étoilé
La brise est un soupir qui parle de l’été
La forêt se réveille
LORRAINE
Photo: forêt-www.bretagne35.com
