L’explosion l’a atteinte en plein visage. Trois jours plus tard, elle ouvre les yeux à l’hôpital St Luc. Rien. Elle ne se souvient ni de l’endroit, ni du moment, seulement qu’elle voulait s’acheter une robe bleu pigeon, bien ceinturée, ajustée par des pinces de poitrine. C’est curieux, ce vague dans lequel elle flotte, avec des trouées inattendues d‘éclaboussure de pierres et ce bruit hallucinant qui lui hurle à l’oreille.


Quelqu’un lui dit : « Ca va ? » et elle répond « Ca va ». Mais a-t-elle vraiment répondu ? Ses lèvres semblent fermées par un sparadrap démesuré, qui lui mange aussi la moitié du visage. Comment elle le sait ? En élevant sa main trébuchante jusqu’aux yeux, une main écorchée mais complète.

 

Complète ? Quelle idée ! Pourquoi ne le serait-elle pas ? La fatigue, c’est tout. commentvasfeeMEQue fait-elle dans ce lit inconnu ? Elle voudrait tourner la tête. Impossible. Mais enfin, que se passe-t-il ? Sa main remonte vers le visage, elle va arracher ce pansement, qui a eu la sotte idée de l’étendre là, toute seule ?

- Ne bougez pas, s’il vous plaît. Oui, restez tranquille. Là…

Qui lui parle ? elle entrevoit une blouse blanche, un stéthoscope, on lui prend le pouls, une voix d‘homme interroge :


  - Ca va ?

Ca va. Ca va aller. Ca ira. Ca ira mieux. Ca ne peut pas aller plus mal. Elle perd conscience, elle se réveille, les jours passent, elle subit les greffes du visage, les soins, les examens, la sympathie autour d’elle. Elle n’aura plus jamais le même visage. On lui en refait un nouveau. Evidemment, peut-être pas aussi réussi, pas aussi vrai. Mais un visage, c’est un visage…

 
- Ca va ?

- Ca va…



 LORRAINE