ECLATS DE PAROLES

Quelques amis échangent leurs avis sur le monde, la vie, les arts et partagent leur écriture (poésie, textes, billets, nouvelles, écriture de consigne, etc.)

30 novembre 2009

AH! LES CONTES DE FEES!...

         J’invente un conte de fées pour raconter aux petits enfant et je lui donne tous les rêves de jadis, les escaliers qui marchent et s’arrêtent sous les balcons qu’on voudrait escalader, les maisons f_e_juniorpeintes en or et tapissées de miroirs, les oiseaux bavards, les lumières vivantes ; je fais dire aux portes « Je n’ouvre jamais » et je jette un petit garçon de la terre en plein monde magique. Je suis riche de tous ses trésors, j’ai de la peine quand il s’égare dans les forêts et je connais son émerveillement quand le Ver Luisant lui sert de phare.

 Ah ! comme je me raconte les histoires que personne ne m’a apprises, celles qui naissent d’une enfance secrète et extasiée, et se prolongent en mon cœur pour refleurir quelquefois.

 J’habite un monde de petits êtres où chacun a sa chanson, je visite des palais où, à mon gré, les tasses sont en pétales de roses et les lustres en rubis. Une petite voix chuchote dans les fontaines. Je prenais jadis ma fille par la main et la menais dans cet univers qui demande beaucoup de foi ; elle m’y suivait fidèlement, sans se troubler et b_triste01me parlait ensuite de Poucet comme s’il était de ses intimes. Elle savait qu’il avait un chapeau et des bottes et me révélait parfois des choses que j’ignorais moi-même. Nous nous entretenions longuement du Chat, un familier, et de la Cloche qui sonne si souvent et à tant de clochers. Nous savions sur les fleurs des choses que nous ne répétons pas et sur notre fenêtre, la pluie ne pleurait pas, elle fredonnait ! Ma fille a grandi, c’est à ses enfants que j’ai chuchoté mes petits contes du soir et peut-être, si le temps m’est accordé, les dirais-je un jour à mon arrière-petit-fils , né à la fin octobre.

 Oui, je sais, je semble sortir d’un monde qui rend crédule et puérile. Balivernes ! diront certains. Moi, j’écris « Bonheur », tout simplement.

 

LORRAINE

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13 juillet 2009

LES TEMPS MODERNES

   2_coccinellesHier, j’ai commandé par Internet un cadeau de naissance. J’ignorais lequel, puisque la liste est en magasin. J’espérais la lire, choisir et commander. Malheureuse !...

    J’ai passé des barrages (bravo, Lorraine !),tapé mon code ( je le connais, j’ai déjà acheté ici et je garde précieusement ma liste),  je me suis donc exécutée. « Désolée, ce pseudo est incorrect ». Comment, incorrect ? Je recommence. Deuxième refus. Je m’acharne. Troisième refus. Je fulmine. Quatrième refus. Au cinquième refus : « Désolé, ce pseudo est déjà utilisé » (par moi, probablement !)  Découragée, je tente un autre prénom. Inutile, il appartient à quelqu’un. Un second : déjà pris. J’invente un terme invraisemblable : on m’accepte ! Ouf ! Je vais enfin choisir...

    Innocente ! D’abord, remplir mon adresse. Vous ne le croirez pas. bebe_hurlantOn me répond : « rue inconnue »... j’habite ici depuis dix ans, je réitère, l’ordinateur s’entête : « Rue inconnue ». Je recommence toute la procédure : nom, adresse, n° postal et, ô miracle, me voici à la page suivante. Ah ! c’est en neerlandais !...Le temps que je trouve l’endroit (cafouillé) où je « devine » qu’on peut demander la version française, je commence à me sentir nerveuse. Elle tarde, mais arrive. Je remplis donc le formulaire c’est-à-dire que je désigne un objet que je ne vois qu’en dessin esquissé et non en photo, on m’invite à dire si je paie par banque ou si je me rends au magasin (en terre flamande, où personne ne me comprendra et où je ne comprendrai personne), si la maman ou le papa viendra prendre le colis ou s’il faut le déposer ailleurs ( ?...) Comment voulez-vous que je sache ? J’ai affirmé fermement : viendra prendre. Et enfin libérée, j’ai regardé à ma montre le temps écoulé. Vous ne me croirez pas : 40 minutes. Si j’avais eu le bon esprit de téléphoner (ce que j’ai fait avec une autre firme de cadeaux de naissance) nous en aurions fini en dix minutes.

    Les temps moderne, c’est aussi la musique punk qu’on t’envoie à pleins tubes dans l’oreille, histoire de te faire patienter, si tu veux commander un chemisier vu sur catalogue. De temps à autre, une voix mélodieuse te dit : « Nous vous remercions de votre compréhension, nous sommes à vous dans un instant ». Et la musique reprend de plus belle. Tu attends. Longtemps...Et soudain, on te parle : « Nous sommes désolées, toutes nos lignes sont occupées. Veuillez retéléphoner »...Et on coupe.

    Ce cas bénin se produit également avec tous les services publics sans exception, particulièrement le Ministère des Finances au moment des contributions ; la Poste t’annonce qu’elle a renvoyé le colis qui t'est destiné à l’expéditeur, car « nous ne faisons plus une seconde distribution des paquets ». Et j'étais absente à la première présentation. Je me suis débattue comme un beau diable. Miraculeusement, le colis m’a été fourni le lendemain...

    Vous allez croire que je suis une personne acariâtre. Il n’en est rien. Mais les temps modernes ont tellement compliqué la vie quotidienne, qu’il me semblait devoir en parler...Et peu-etre connaître votre avis?...

LORRAINE

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10 mars 2009

LE NOIR QUART D'HEURE


    ange_journ_eIl est derrière le carreau, le crépuscule. Il me nargue. Il fait des effets de manches, cligne de l’œil, semble s’assoupir, invente un chapeau de sorcière pour la cheminé d’en face, orchestre le chant psalmodié du vent dans la cheminée, et m’épuise !

    C’est bien le « noir quart d’heure » comme l’appellent les vieilles dames de Flandre, sans doute parce que la mer du Nord y ajoute son roulement de vagues qui s’enténèbrent.

    Ce moment entre chien et loup me déstabilise toujours. Je ne veux plus le voir, je cours fermer les rideaux, je le nie, je le repousse de tout mon malaise. Mais s’il me surprend dans la rue ou dans un chemin de campagne, dites-moi pourquoi je l’accueille comme un ami ? Nous allons ensemble changer le paysage, adoucir l’angle des maisons ; il saupoudre d’un peu de mystère les magasins trop allumés, il encapuchonne les parterres du rond-point et pose une touche de brume sur l’horloge de l’Hôtel de Ville. Prélude du soir,il hésite à quitter le jour et ses ombres effleurent les passants pressés.

    Le noir quart d’heure ne s’éternise pas. Il a quinze minutes pour escamoter le jour et introduire la nuit. Il est un peu magicien. Un magicien dont le pouvoir me désarçonne, lui qui tour à tour m’enchante ou m’accable selon l’endroit où il me surprend.  Si vous savez pourquoi, dites-le-moi !

LORRAINE 

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02 janvier 2009

JANVIER

   Je te salue, Janvier, toi qui t’en viens mélancolique et froid après le vieux Décembre alourdi de richesses.

    Tes mains vides ouvertes sous ton manteau blanc, tu n’offres rien que l’espoir des lendemains  fleuris. Tu lâches dans les rues le vent glacé, tu sèmes des neiges nocturnes qui féerisent le faubourg ; des chats hurlants rôdent dans les ruelles, tu nous brises, Janvier, car tu es lent, implacable et majestueux.

    Nous n’attendons, bal des saisons de toi ni le soleil ni la pluie tiède, nous te savons souverain et oublions que derrière toi, essoufflé et humble, le petit Févrierengel_narcisse nous prépares des surprises.

    A lui le merle étonné des premiers jardins, le rayon insolite dans le jour gris ou le bouleversant parfum de terre qui du soir monte vers une fenêtre, heurte l’âme et l’éveille au prinemps.

    A toi l’honneur d’ouvrir le bal des saisons. Et si le pas que tu danses a la raideur de l’apparat, consolnons-nous : d’autres mois viendront rout à tour folâtres, légers ou ardents.

    Et si nous ne craignons pas le vertige, nous danserons à leur bras tous les pas de la vie.

LORRAINE

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24 décembre 2008

ADIEU, PERE NOEL!

    Nous sommes le 24 décembre. C’est le jour où Père Noël visite les cheminées des enfants sages. Il les connaît par cœur, il sait ce qu’ils souhaitent, il offre ce qu’il considère comme il faut, ni trop (il est des enfants avides !), ni trop peu (il est des enfants timides). Mais il dépasse les cheminées des jeunes filles et ce soir, j’en ai bien peur, il ne s’arrêtera pas chez moi.

    Pourtant, je m’habille de mon mieux. J’ai mis ma robe de lumière, rose et à reflets discrètement bleus ; une robe de maman qui la portait quand j’étais une petite fille. Je l‘ai gardée par amour et en souvenir d’elle. J’ai aussi déposé sur mes cheveux bruns rose_et_bleueune mince couronne qu’elle assortissait à son sac à main quand elle sortait le soir. Moi aussi, je devrais sortir ce soir, c’est notre dernier rendez-vous au Père Noël et à moi. Mais même s’il m’a dit « A demain », je doute de sa venue. Comment pourrait-il m’emporter une dernière fois en traîneau alors que tant de petits espèrent son passage ? Il ne va pas s’encombrer de moi, je ne m’illusionne pas. Et pourtant, dès que a nuit tombe, je guette derrière mon rideau...

    J’ai préparé mon grand manteau noir, car il fait froid cette nuit de Noël. J’ai aussi mis dans ma poche des gants fourrés...mais les heures passent. D’habitude, il est déjà là...D’habitude, il m’emmène et nous ne comptons pas les heures. Mais cette nuit, seule devant le firmament étoilé, je suis triste car l’heure coule, coule, comme de la soie que les mains ne peuvent retenir...

    Ah ! comme je me raisonne ! Comme je me dis que tous ces petits enfants seront comblés par le zèle du Père Noël, sa bonté, sa mémoire, son indulgence, sa gentillesse... Comme je tente d’être sereine, de comprendre que tous les rêves ont une fin et que j’ai eu bien de la chance, tout compte fait, de vivre quelques heures avec le Père Noël. Oui, je comprends tout, mais je suis triste.  Si triste !

    J’aurais aimé qu’au moins il me dise « Au revoir ». Ou peut-être « A l’année prochaine ». Qui sait, nous aurions pu revivre année après année, le sortilège de Noël ? Mais je me leurre. Derrière mon rideau, je continue à guetter la nuit. Je vais jusqu’à entrouvrir la fenêtre, pour entendre, peut-être, les pas du cerf et celui du traîneau. Non, rien... Si ! soudain, une petite voix connue, un miaulement familier : « Milord ! »...Mon Milord, en marchefchat coutumier, sans habit, gris et blanc comme toujours et si heureux, si heureux de me revoir, de se précipiter vers moi, de me donner de grands coups de tête affectueux.  Oh ! Milord ! Tu as quitté le Pays des merveilles, tu es là, ronronnant, heureux. Donc, il a pensé à te ramener là où tu es chez toi, sans falbala, sans tralala, dans ta vie de chat de tous les jours.

    Au fond de moi, une petite voix murmure « Merci, Père Noël, merci pour Milord »...

    Et soudain, un bruit, un saut, un bond...Ma fenêtre s’illumine, le Père Noël est là, fatigué sous sa barbe blanche, mais le sourire aux lèvres.

    - Ma chère enfant, vous pensiez que je vous avais oubliée ?

    - Je croyais...je me disais...avec tous ces cadeaux à distribuer, vous aviez autre chose en tête. Vous n’aviez pas de cadeau pour moi, donc...

    C’est alors que j’entends, stupéfaite, bouleversée...et transfigurée de joie :

    - Si, moi !...

    Père Noël arrache sa barbe, rejette sa houppelande, dépose sa hotte vide et m’apparaît tel le Prince de Blanche-Neige, inattendu, beau, amoureux, me prenant par la taille, m’enlaçant de sa ferveur, tandis qu’il murmure :

    - Vous êtes mon plus beau cadeau, petite Cendrillon. Voulez-vous de moi pour époux ?...sapin_N

    Et c’est ainsi que, depuis des siècles, j’ai épousé le Père Noël.

LORRAINE

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23 décembre 2008

UN BAL CHEZ LE PERE NOEL

    Il a beaucoup de chance, Milord, il a rencontré une Bergère ! Moi, j’aimerais bien rencontrer un Berger...mais je ne suis pas une dame-chat, alors l’espoir est mince...

    - Aimeriez-vous assister à un concert ? lance tout à trac le Père Noël.

    - Mais...je devais rentrer à minuit, c’est vous-même qui...

    - Je peux aussi retarder les horloges. Regardez le clocher, il est à peine 20 Heures !

    Le Père Noël vient de mentir avec assurance et ingénuité. Je vois rétrograder les aiguilles en même temp qu’un petit air de flûte gambade dans l’allée ;deux chats cintrés dans un habit bleu-barbeau accordent leur violon, une demoiselle-chat esquisse une pirouette, des silhouettes se dessinent un peu partout.

    -Mozart, me souffle le Père Noël. « La Petite Musique de Nuit ».Ecoutez...et regardez.

    f_te_NoelLe Pays du Père Noël s’est illuminé. Les chats-musiciens essaient leur archet, une gamme vertigineuse danse sur le piano, l’orchestre tout entier a surgi de l’ombre et, sous la baguette de Milord (depuis quand est-il chef d’orchestre, celui-là !) le rondo Allegro m’éblouit de sa mélodie. Je n’en crois pas mes yeux : des nymphes se poursuivent de buisson en buisson, un satyre tente en vain de les attraper, une fée d’argent effleure de sa baguette la ronde des artistes, leurs jeux de jambes, leurs frimousses félines.  Un mousquetaire, ôte son chapeau empanaché, et me salue jusqu’au sol.

    - Vous ne pouvez pas refuser, chuchotte le Père Noël, il vous invite pour un menuet.

    Et de fait ; tout le monde s’est rangé, la musique scande le ydansecouplepas de danse et je suis mon cavalier avec une aisance déconcertante : je n’ai jamais dansé un menuet de ma vie, mais ici... Je virevolte, je tourne, je salue, je suis retournée dans un autre siècle et Milord, le monocle à l’œil, discute avec le Père Noël.

    Je crois que je me suis endormie vers l’aube. En tous cas, le Père Noël m’a déposée sur le toit, tout près de ma fenêtre entrouverte. J’étais enveloppée dans une houppelande rouge et j’avais sur la tête un bonnet de Mère Noêl !

    - Ne vous fatiguez pas, murmure-t-il doucement, allez dormir, il est l’heure pour les enfant sages....

    Décidément, il ne changera pas ! Pour lui, je suis une enfant attardée ! Je murmure dans un baillement :

    - Bonsoir, Père Noël. A demain ?P

    - A demain. Ce sera le dernier jour, dit-il.

    Et je me sens à la fois émue et triste.

LORRAINE

22 décembre 2008

LE PAYS DU PERE NOEL

   Nous filons sur les nuages, dans un irréel ouaté, rebondi, gris et doux. Le traîneau avance tout seul, le Père Noël a lâché les brides et se tourne vers Milord :

      - Alors, content ?

    - Je ne vous cacherai point, Seigneur, combien votre invitation m’agrée. Tudieu, désormais je croiserai le fer pour vous défendre, si un quelconque gredin osait vous attaquer. Foi de gentilhomme !

    Non ! Tantôt Milord parlait, soit ! Maintenant il est pédant, il a rétrogradé de deux siècles au moins, et (je n’en crois pas mes yeux !) il fait des petites manières, la patte négligemment allongée devant lui, l’autre accoudée au dossier. D’où vient cette lubie vaguement aristocratique ?

    - Chère enfant, ne vous inquiétez pas, dans mon pays ils sont tous comme cela.

     - Qui ?

    - Les chats, voyons ! Ils sont éduqués naturellement, très vieille France, quand ils se croisent ils se saluent, certains même ont un tricorne. Et de leur escarcelle bien garnie, ils retirent le louis d’or pour les souris qui sont de petites gens...

    La chère enfant commence à s’inquiéter ! Père Noël a un bon sourire, mais puis-je vraiment tout à fait me fier à lui ?

    - Mais bien sûr, répond-il sans que j’aie prononcé un seul mot. Je vous emmène voir mon pays. Car, vous savez, je ne travaille qu’un jour par an, le reste du temps m’appartient. Alors, comme Candide (1) , je cultive mon jardin...

    Un très léger choc, nous atterrissons. Milord descend d‘un bond et m’offre galamment la patte.  Le Père Noël est aussitôt entouré par une nuée de chats élégants,chat_gif bavards, jouant de la pochette, s’éventant, se congratulant, certains en mousquetaires, d’autres en Muscadins, ils ont un peu mélangé les siècles mais qu’importe ! Des dames-chats se promènent sous une ombrelle, deux par deux ; une autre se poudre le minois, en voici une qui ajuste sa jolie robe blanche à fleurs roses, dont j’envie un instant la tournure.

    - C’est ici que j’habite, dit le Père Noël, je recueille tous les chats errants et ils deviennent le personnage qu’ils souhaitent. J’ai un Napoléon, deux Louis XV, quelques Robespierre, Madame de Pompadour, la Princesse de Clèves...Oh ! ne vous inquiétez pas, ils font bon ménage. Et moi, de les avoir sauvés me rend si heureux !

    Je balbutie :

    - Père Noël, je croyais que vous étiez là pour gâter les enfants sages...

    - Certes, ma belle, mais une fois l’an ! C’est très peu. Alors, je me console en aidant les animaux. Vos comprenez ?

   chapeau Oui, si on veut. Je suis quand même fort ébranlée et le Père Noël demande à Milord d’aller me chercher du vin chaud. Avec de la cannelle. Et du sucre. C’est excellent pour éviter les rhumes. Et comme je dois rentrer avant minuit (ah bon !) il est temps de repartir et il fait frisquet aujourd’hui.

    - Je reste ici deux ou trois jours, m’annonce Milord avec un sourire. J’ai rencontré une Bergère, ma foi...
   
LORRAINE

(1) "Candide" (Voltaire)

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21 décembre 2008

LE PERE NOÊL AIME LES CHATS...

    chat_cligne_yeuxIl neige. Milord est derrière le carreau, perplexe ; il guette lui aussi l’arrivée du Père Noêl et apparemment, se pose la question : « Vont-ils sortir par ce temps-là ? ». Lui ne s’y hasarderait pas, je le sais.  Mais à quoi bon se poser des questions oiseuses : le Père Noël est là, debout devant nous, sur le versant nord du toit.

      - Prêts pour la promenade ? dit-il avec enjouement.

    - Pas moi, répond Milord d’une voix profonde, mais allez-y vous deux, je garde la maison...

    Stupéfaite, bouleversée, ma voix s’étrangle dans ma gorge : Milord parle ! .. C’est toujours Milord, pourtant, impassible, son regard énigmatique posé sur moi, le port majestueux...

    - Mais, mais...

    - Laissez donc la parole à Milord, gronde doucement le Père Noël. Pour une fois qu’il peut s’exprimer...

    - Très juste, Père Noël, voilà dix ans que je me tais !

    Je suis sidérée. Comment ose-t-il ? Lui, se taire ? Jamais, c’est un chat miauleur, il m’interpelle longuement quand il veut manger, il maugrée à petits cris dans la salle de bain quand il mesure son élan pour sauter sur le séchoir où  mon linge pend sur les fils, et sans vergogne, titubant mais équilibriste, il va d’une corde à l’autre, sans jamais tomber, l’œil fier et déterminé.

    - Mon enfant, dit le Père Noël (c’est un tic chez lui, je ne suis plus une enfant, je...), mon enfant, reprend-il avec une ferme douceur, c’est aujourd’hui la fête des chats, ils ont tous droit à la parole. Entendez-vous dans le jardin voisin, ce dialogue ?...

    J’entends faiblement d’abord, puis de plus en plus clairement, deux dames-chat (je suppose, en tous cas...) s’entretenir justement de mon Milord :3_dansent

    - Ah ! il a une de ces classes ! arpège la première. Quand il se découpe sur le ciel, quelle allure ! Mais moi, ici, j’habite trois étages trop bas ! Il ne sait même pas que j’existe.

    - Je l’ai croisé une fois, répond une voix féminine (de chatte, pas d’humaine), il s’était aventuré sur le toit de l’imprimeur, j’y étais aussi, mais mon maître l’a chassé...Quel dommage !

    Milord se rengorge. Ses yeux luisent. Il fait son coquet, passe la langue sur sa patte véloce et se lisse les moustaches. Je suis éberluée. Père Noël a le sourire.

    - Et maintenant, en voiture ! lance-t-il joyeusement.

    Il me tend galamment la main, Milord (est-ce possible !...) saute d’un bond dans le traîneau et je m’aperçois qu’il a un petit manteau rouge poudré à frimas, et un bonnet qui lui tient chaud aux oreilles.

    Je balbutie :

    - Père Noël, où allons-nous ?...chat_marchant

    - Fouette cocher, dit-il joyeusement.

    Et nous nous ébranlons dans le ciel, avec un Milord bavard et vêtu, tandis qu’un chœur de conversations félines monte, monte et s’amplifie , tout le long, tout le long, tous le long du chemin...

LORRAINE

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20 décembre 2008

LE VOYAGE DU PERE NOEL


    bonweekend3J’ignore où nous allons, je me laisse conduire. « Dans la rue voisine » a dit le Père Noël. Mais il y a bien longtemps que nous l’avons dépassée. Le Père Noël serait-il menteur ? Il devine ma pensée et rétorque vivement :

    - Non, nous irons en revenant...

    En revenant d’où ? Le ciel est constellé, les étoiles toutes proches, je pourraisetoile_seulef les saisir d’une main si je voulais...Mais je ne veux pas. Nous ne sommes plus sur les toits, nous ne sommes plus nulle part, nous voguons. Les villes sous le traîneau appartiennent à un autre monde, je ne reconnais rien, je n’ose pas trop me pencher, j’ai un peu peur de tomber dans un glacier (car il y a un glacier), dans la forêt tropicale (car il y a une forêt), dans l’océan (car nous le survolons à toute allure).

    Le Père Noël tient les rênes d’une main ferme. Il conduit avec adresse. Je me demande ce que fait Milord tout seul dans ma chambre.

    - Ne vous inquiétez pas, un chat est toujours un chat. Il vous attend en ronronnant...

    Je n’ai rien dit, il a tout deviné. Comme il devine que je m’interroge sur ce parcours ineffable et en même temps inexplicable.

    - Voilà, dit-il, je sais que vous n’avez pas beaucoup voyagé dans votre vie. Je sais que vous avez beaucoup rêvé. Je sais que vous êtes une bonne petite fille...

    Une petite fille, moi ? M’a-t-il bien regardée ? Il fait un geste apaisant de la main :

    - Pour moi, les femmes sont toujours des petites filles. Elles ont l’air de grandir, mais dans leur cœur il y a toujours l’enfance et son carillon de Noël. Les femmes ont besoin de merveilleux, mais les hommes l’ignorent. Alors, quand j’ai la chance d’apporter un peu de ce merveilleux, je l’offre sans compter...

    Je crois que nous avons fait le tour du monde. J’ai les yeux pleins d’images, le cœur plein de reconnaissance, je voudrais dire...         

    - Chut ! nous voilà dans la rue voisine...

    Je reconnais en effet le rond-point et son banc, l’avenue transversale, et la fenêtre du petit Germain qui me dit bonjour quand je passe. Il est dans son lit, il n’arrive pas à dormir, il a mal à la jambe. Sa maman m’a dit : « Il est né trop tôt, sa jambe droite n’a pas grandi, alors il boîte »...

    - Je vous ramène, dit le Père Noël. Mais regardez...noel2

    Il lance une poussière d’argent à pleines mains dans la fenêtre de Germain. Et j’aperçois le petit garçon étonné, debout devant la fenêtre, il regarde ses jambes, il crie : « Maman, viens, maman, ma jambe a grandi tout d’un coup, maman... ». Sa maman l’embrasse, moi j’ai les larmes aux yeux, mais le Père Noël d’un mouvement précis, vient de me déposer sur mon toit.

    - Attention en descendant, dit-il. Et n’oubliez pas "A demain !"...

    Pas le temps de répondre, je suis assise dans mon fauteuil, le Père Noël me fait un grand clin d’œil (un clin d’œil de garçon déluré, voyons, Père Noël, à votre âge !...) et il disparaît tandis que j’entends, dans l’immensité, les clochettes du traîneau qui chantonnent : « Vive le vent, vive le vent, vive le vent d’hiver... »

PASSANTE

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19 décembre 2008

J'AI RENDEZ-VOUS AVEC LE PERE NOEL...

   ademainJe l’avoue, je me suis pomponnée. Ce n’est pas tous les soirs que Père Noêl vous attend sur le toit. Cela valait bien que je m’embaume du parfum « Comme une Evidence » afin que son halo titille les narines vénérables. J’ai aussi enfilé un pantalon noir, un chemisier blanc et par-dessus la veste noire de rigueur. Très classe, à vrai dire ! Et on ne peut plus convenable.

    Un peu avant minuit, j’ai escaladé le toit. Milord m’a regardé partir sans état d’âme : il trouve qu’il fait trop froid pour une escapade et me surveille de loin. J’ai avalé un doigt de porto pour me donner du courage, et je suis partie. Le toit glissait plus qu’hier. Mais, Dieu merci, le Père Noël est arrivé un peu avant l’heure et il m’a tendu la main pour que j’atteigne le faîte. J’espère qu’aucun passant  n’a levé le nez dans la nuit froide. il aurait aperçu des ombres qui l’auraient cloué sur place : le chapeau du Père Noël si reconnaissable, sa barbe, son costume et à côté, la silhouette d’une femme accrochée à son bras. Car, je l’avoue, je vacille. Mais le Père Noël est bon, et il m’accorde son appui.

    - Où allons-nous, réussis-je à balbutier
    - Dans la rue voisine, dit-il.

    Et je me sens décoller, arrachée au toit et volant (mais oui, est-ce possible, je vole !) jusqu’à un pignon voisin où nous nous déposons en douceur. Le Père Noël est prévoyant. Il sort de sa poche une outre de rhum et m’ordonne :

    - Buvez un coup, vous en avez bien besoin, vous êtes toute pâlotte.

    J’ai bu un bon coup dans mon émoi. Un coup de trop, peut-être, car maintenant je zigue-zague. Le Père Noël n’a pas besoin de remontant. Il se tourne vers le ciel étoilé et me dit :

    - Nous ferons la visite en traîneau, ainsi vous vous sentirez mieux.

    Il claque des doigts. Et surgit un traîneau tiré par des cerfs, qui se pose près de nous. Galant, le Père Noël m’invite à monter et m’enveloppe d’une houppelande constellée d’étoiles.

    - Nous partons, dit-il, n’ayez pas peur.         

    Je n’ai pas peur, je suis bien. Qui a osé prétendre que « Le père Noël est une ordure » ?...(1)

LORRAINE   

(1) - Pièce de Théâtre créée par la troupe du Splendid    noel_traineau

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