ECLATS DE PAROLES

Quelques amis échangent leurs avis sur le monde, la vie, les arts et partagent leur écriture (poésie, textes, billes, nouvelles, écriture de consigne, etc.)

28 février 2008

PETIT JOUR

    Petit jour falot qui cogne à la vitre, tu m’éveilles et ton infinie solitude me rappelle les lents désespoirs que tu faisais naître en mon âme d’enfant. Je te voyais sortir de la nuit, grelottant, malade, embrumant le carreau. La chambre m’ouvrait soudain des recoins étranges, le silence répercutait le frôlement de ma main sur le drap et le pas du chat noir en quête d’aventure.

    Le premier tramway me meurtrissait de sa plainte étirée à travers l’avenue. pt18570J’ai pleuré quelquefois. Il est de ces matins où l’amour d’un enfant a besoin de tristesse. J’ai su les chants tardifs des fêtards un peu gris, le cri lourd des matous en leur saison propice. J’ai levé mon rideau sur la rue où un  passant solitaire pressait déjà le pas.

    Tu es l’heure des nostalgies, petit jour falot qui cogne à la vitre, que tu sois froid et pluvieux ou printanier comme le chant des oiseaux qui t’accompagne. Je t’aime et tu me rends triste, car tu es tout un monde que je pressens sans m’y plonger et qui me laisse jusqu’au soir l’âme insatisfaite.

LORRAINE

Illustration: www.routard.com


Posté par incarnat à 11:14 - Billet d'humeur - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

31 octobre 2007

UN JOUR, L'AUTOMNE...

    promenade_automnale__photo_FVDVLes mots d'automne sont-ils comme les autres?  Portent-ils le bonheur, la mélancolie, le souvenir, le chagrin, la rupture?  Pourquoi les trouve-t-on tristes si souvent, alors qu'ils vont leur petit chemin de saison, cahin-caha, sans s'inquiéter de rien ni de personne?  C'est nous qui avons l'humeur assombrie quelquefois, pas eux.  Ils cachent des moments soudains de soleil inattendu, des feuilles dorées à la pelle, des promenades dans les parcs et des odeurs d'arbres qui murmurent.

    L'automne a ses secrets.  Il nous suggère de les découvrir, simplement, sans falbalas. Mais en sommes-nous capables?...

LORRAINE

Sous_bois_en_automne___Photo_FVDV
Illustration: photos Fabvdv

Posté par incarnat à 04:12 - Billet d'humeur - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 octobre 2007

L'AMOUR EST UN PARATONNERE

       Fermez les yeux, fillette.  Le beau temps s’est enfui.

       Vos bras câlins bercent  l’ombre d’un amant.  Novembre est revenu et les beaux rendez-vous qui narguaient le tonnerre ne sont qu’un souvenir dont la complainte encore pleure en votre mémoire.brouillard2_1

       Vous n’aviez peur de rien, ni des intempéries, ni des cieux menaçants.

       Vous aimiez et nul destin funeste ne pouvait vous atteindre. 

       Vous alliez de l’avant, vive, tambour battant, en costume de fête

       Et l’espoir bien planté au cœur, vous vous moquiez du mauvais temps. 

       Vous pensiez que l’amour est un paratonnerre.

       Las !  La pluie et l’orage ont emporté l’amant.

       Vous voilà esseulée.  Dans la chambre voisine, une fleur attardée

       rappelle le printemps, l’été et sa splendeur,

       le bleu du ciel.  Et le bonheur.

LORRAINE

Photo: www.superlocal.ch/salem

Posté par incarnat à 10:50 - Billet d'humeur - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 octobre 2007

L'ENFANT D'AUTOMNE



   RATO016 Un gamin d’automne était assis dans le bois, au milieu de l’herbe jaunie, comme un jeune fauve.  Ses cheveux en broussailles lui cachaient le front.  Je voyais ses yeux sérieux, sa main brune, les arbres au parfum mouillé, le soleil pâle de midi et l’étang vert que ridait un canard.

    L’enfant écoutait le silence de l’eau, ses longs tressaillements sous la brise attiédie et les dernières feuilles qui frémissaient soudain, chuchoteuses, dorées.

    Brusquement il se leva, courut nu-jambes sur la terre humide et, debout devant le lac, poussa un cri étrange, un appel qui se répercuta sous la ramure.

    Il s’est enfoncé dans le bois et je suis restée si seule soudain, que j’entendais, très loin, l’aboi d’un chien.

LORRAINE

Posté par incarnat à 10:40 - Billet d'humeur - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 août 2007

LE CHANTEUR



Entonnoir gigantesque au dôme étincelant
Vertige des gradins superposés en rondfee_monde
Le cirque.  C’est là qu’il chantera ce soir.

Il a froid.  La route a été longue.
Il emporte dans sa mémoire
Le dernier regard d’une femme.  Sa femme.
Lassitude,  tendresse qui s’effrange,  adieu ?
Ne pas y penser. Surtout, ne pas y penser !

La plainte de l’accordéon le projette sur scène.
On l’attendait,  on hurle,  on l’acclame.
Il a l’habitude.  Pour ce public avide
Qui l’aime et  l’emprisonne
Ce soir il sera tendre et drôle
Comme tous les soirs depuis vingt ans.

Après le refrain grave écrasé de silence
Le spectateur attend le rythme
Haletant et facile
Repris en choeur et emporté
Par la claque des mains qui vibrent.

Il enchaîne,  il plaisante.  Le charme agit.
Il chante.  Ce soir,  il téléphonera.
Tantôt… Bientôt.  Il salue,  salue encore,
On le rappelle.  On le rappelle toujours,
Il n’a plus rien à craindre.

Sauf le regard d’une femme  qui lui échappetete_yeux
Et dont les mains lisses scellent son destin.

LORRAINE

Posté par incarnat à 09:57 - Billet d'humeur - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 août 2007

CHATS



    Ma petite chatte funambule se promène, gracieuse, sur l’étroit mur du jardin. Soudain, les yeux fauves aux aguets, elle s’arrête, s’étend, longue et silencieuse dans l’ombre des branches, muscles tendus et prête à bondir : un moineau sautille dans l’herbe drue du jardin. La chatte, oreilles dressées, a tressailli. D’un bond souple, elle disparaît à mes yeux…

    Et la revoià, penaude. Son regard féroce est maintenant triste. Mais elle se hâte : la pluie d’été tombe, serrée, sur les roses ouvertes. Assise sur les pattes arrière, doucement, elle introduit son fin museau blanc dans l’entrebaillement de la porte qui s’ouvre.

    Dans le salon, étalant son ventre tacheté, son meilleurbeau_chat_dormant ennemi dort dans un fauteuil. Rayé de gris, plastronné de blanc, museau et ventre roux, David-le-Chat n’admet pas la promiscuité. Les cabrioles de Swammi troublent ses sommes interminables de vieux garçon. Aussi, souvent se jettent-ils à la face des injures diverses et grognements sourds.

    Vive, la chatte est passée sur la pointe de ses pattes élégantes. Et bientôt, dans  la tiédeur du crépuscule printanier, correcte et digne sur le tapis rouge, elle ferme ses yeux fendus qui s’éteignent comme des étoiles à l’aube.

LORRAINE

Posté par incarnat à 11:35 - Billet d'humeur - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 mai 2007

JE PARTIRAI...

bonjourx

Je partirai
Un toquet de plumes
Sur mes cheveux roux
Un manchon de brume
Des souliers de houx

Je partirai
Je prierai la lune
D’éloigner le loup
Et sans une tuneaurevoir
Irai Dieu sait où

LORRAINE

Posté par incarnat à 10:36 - Billet d'humeur - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

08 mai 2007

LE DRAGON AMOUREUX

    Catherine nous a présentés. Il était là, assuré de plaire, drapé dans son kimono d’un brun tendre, parfumé juste assez, tentant pour tout dire.  Marianne, Dominique et moi retenions notre souffle .

 

    Eh oui, il faut l’avouer en toute simplicité : il nous avait captivées. images Sans un mot, sans un geste, autour de cette table où nous étions quatre femmes attentives, déjà subjuguées, il dominait.  Non que nous soyons l’une ou l’autre particulièrement dociles. Catherine parcourt le monde en professionnelle avertie sur tout ce qui touche aux chevaux et à leur descendance, Marianne écrit des livres, Dominique est scénariste et moi j’ai encore le goût profond du journalisme qui fut mon métier. Donc, des femmes pas tellement faciles à capter dans les filets de la séduction.

 

    Et pourtant ! Catherine nous avait invitées pour faire connaissance.  Pas entre nous, nous sommes amies. Mais avec lui…Elle opéra en vestale. Nous ne comprîmes pas, d’abord, pourquoi près d’elle cette minuterie incongrue.  Mais quand elle sonna après trois minutes, Catherine ôta le filtre d’un seul geste et le Dragon amoureux se révéla dans toute sa senteur orientale. Certains bonheurs ont leurs rites. Celui du thé date de plusieurs siècles.

 

    Le Dragon amoureux se révéla superbe. Nous le dégustâmes dans un religieux silence.

 

LORRAINE

Illusration: www.laboutiqueduperenoel.com

Posté par incarnat à 09:56 - Billet d'humeur - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 mars 2007

NOSTALGIE

pluie_b   La pluie sur le carreau semble un doux chant d’esclave et la nuit qui rampe sur les prés monte vers moi.  Devant l’église mouillée, une foire s’entête, ses lampions secoués balancent leur lumière.  Une musique grêle s’effrite dans le vent, rôde sans espoir dans les rues désertes et m’atteint, douloureuse , au fond de la chambre où je la fuis en vain.

    J’ai peur de son spleen, du cri aigu du train qui l’écartèlera et du profond silence quand se taira enfin la rengaine.

    Chacun porte ses nostalgies.  Les miennes s’éveillent la nuit quand je marche au bord de l’eau ou s’il pleut sur une kermesse.  Je pleure alors des peines inconnues et, le temps d’une rêverie, mon cœur connaît la tristesse infinie du monde.

    LORRAINE

Illustration:etnomet.blogspot.com

Posté par incarnat à 13:08 - Billet d'humeur - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 décembre 2006

CEUX QUI SE CROIENT TOUJOURS JEUNES...

  En réponse au "Billet d'Humeur" d'Amanda,(23 décembre) voici un billet reçu d'une lectrice. Il est plein d'enseignements...et d'humour!

X          

 
 
  J'ai cueilli mes 8O ans dernièrement et j'y pense très souvent;ainsi, le coin de la rue est deux fois plus loin qu'avant et ils ont ajouté une montée que je n'avais pas remarquée !
 
    J'ai dû cesser de courir après le bus parce qu'il avait démarré plus vite qu'avant.

  Je crois qu'on fait les marches d'escalier bien plus hautes que dans le temps. Et avez-vous remarqué les petits caractères que les jounaux se sont mis à employer ? Cela ne sert à rien aux gens de parler clairement, tout le monde parle si bas que l'on ne comprend rien !

    On vous fait des vêtements si serrés surtout à la taille et aux hanches que c'est désagréable.manga_danse

    Les jeunes gens eux-mêmes ont changé; ils sont bien plus jeunes que quand j'avais leur âge. Et d'un autre côté, les gens de mon âge sont bien plus vieux que moi !

  L'autre jour, je suis tombée sur une vieille connaissance : elle avait tellement vieilli qu'elle ne me reconnaissait pas ! Je réfléchissais à tout cela en faisant ma toilette ce matin : ils ne font plus d'aussi bons miroirs qu'il y a soixante ans !

    ELIANE

Posté par incarnat à 13:15 - Billet d'humeur - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »