28 décembre 2009
ET SI C'ETAIT UNE HISTOIRE D'AMOUR?...
Voici
une liste de mots à utiliser pour raconter une histoire qui se passerait au début
du XXème siècle. :
"gonflée – habile – vulgaire – rayé –guidon – arcade – repas – mauvaise mine –
morbide." Et voici
la consigne terminée.
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Elle
a mauvaise mine, la robe rose avivera son teint. Donc, pas de caraco rayé
aujourd’hui, il la serre et souligne qu’elle est gonflée de partout : les
joues, la taille, les hanches et même les chevilles ;
ils baissent es yeux. Parce qu’ils respectent sa
vertu ou parce qu’ils évitent son sourire, engageant, certes, mais...déchaussé.
Oui, elle a de grandes dents, de grands pieds, de grandes mains qui appréhenderaient
bien par le collet le passant indifférent à qui elle dirait de sa grande bouche :
Magnifique,
n’exagérons pas. Mais pas moche non plus, c’est vrai. Est-ce que par hasard l’inconnu
des arcade l’a pressenti ? Il a joint sa carte. « Avec mon profond
respect – Aimé Joli ». Et il a griffonné en plus « Je me présenterait
chez vous à 5 H. ».
LORRAINE
17 décembre 2009
APRES UN COUP DE TELEPHONE
(A l'Atelier d'Ecriture, nous devions en six minutes écrire notre réaction à la suite d'un coup de téléphone, n'importe lequel, inventé ou réel. J'ai inventé)
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M’asseoir,
confortablement dans le fauteuil rouge, jambes étendues, les pieds sur le
tabouret et réfléchir. Surtout réfléchir. Prendre mon temps, le temps voulu,
quoi! Et comprendre. Comprendre? Le pourquoi de cet appel inattendu et quelque
peu insensé.
Cinq
ans de silence! Et tout à coup m’appeler, m’interroger, se retrouver
presque
comme avant, la même voix, le même rire retenu et un peu gêné, quand même. Parler de moi, m'interroger, savoir ce que je deviens. Si j'ai des amis...Un ami...
Boire.
De l’eau? Plutôt un sherry ou un wisky, c’est ça, pour me remonter . Boire
lentement, ne pas m’affoler, mettre tout à plat...Voyons. Attendre, je l’ai
fait. Suffisamment. Cinq ans!
Et
maintenant?...
LORRAINE
Photo: www.mobifrance.com
11 décembre 2009
LA VISITE
(La consigne nous invitait à écrire en tenant compte des indication suivantes: une maison vide, un fantôme, une main glisse le long du mur, il fait noir. Voici le résultat)
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J’avais vingt ans,
je venais de quitter cette maison que j’aimais et qui noyait sa solitude dans l’obscurité
d'un début de printemps frileux. Il faisait froid, un de ces froids qui hurlent
à la mort dans les quartiers citadins. Je rentrais du bureau. J’avais un peu
mal à l’âme, comme on s’émiette certains soirs brumeux qui ôtent toute espérance.
Sur un coup de tête, j’ai pris le chemin de la maison vide.
Je la connaissais bien, elle et son réverbère
éclairant l’escalier fantomatique. Je ne suis pas peureuse. Donc je suis entrée,
j’avais gardé la clef comme une amulette, dites-moi pourquoi ?
Sans effort, je suis montée jusqu’au
second où j’avais ma chambre-bureau, il n’y a pas si longtemps. Rien. Personne.
Le silence. Le bruit maugréé du vent. L’ombre floue de ma silhouette, la porte
que j’ouvre. Rien... Rien ? Je tends l’oreille. Non, je rêve. Non, personne ne
monte. Non, je n’entends pas vraiment ce frôlement sur le mur comme une main
qui effleure. Non...Je ne bouge plus.
J’attends. Je sais qu’il y a quelqu’un.
Quelqu’un d’invisible, une ombre impalpable, un personnage venu d’où ? La main
sur le mur effleure toujours, la caresse s’arrête à l’étage où je suis, mon cœur
bat...Un imperceptible vertige m’inonde d’une certitude éblouissante : là, dans
cette maison vide, quelqu’un vient à moi, quelqu’un d’un autre monde et qui à
des choses à me dire...
J’ai attendu. Longtemps. L’effleurement
a cessé. La visite a pris fin. Je suis redescendue. Oppressée et pourtant
heureuse d’un étrange bonheur inconnu.
Rentrée chez moi, j’ai machinalement
regardé le calendrier : nous étions le 28 mars. Pour beaucoup, cela ne signifie
rien. Pour moi, qui l’ai lue avec passion, c’est Virginia Woolf emplissant ses
poches de pierres et entrant ce jour de 1941 dans la rivière. Pour toujours. A
moins que, ce soir...
LORRAINE
Illustration: www.swistools.net
08 décembre 2009
AU QUATRIEME TOP IL SERA EXACTEMENT...
(Il fallait utiliser le maximum de phrases toutes faites dans un texte de notre choix. Le titre servait d'exemple)
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Il fait si bleu, si calme, l’été est partout,
je le sens, je l’entends. N’est-ce
pas lui qui chantonne « n’a ja, ja, jamais navigué » ?…, de
cette voix d’enfant qui me rappelle des choses. Quoi exactement ? Un couvent feutré, une classe de petites filles , une fenêtre ouverte sur le jardin et
les rosiers qui m’enivraient plus que la leçon de calcul mental…Ce n’est pas à
moi que Mademoiselle Louise ordonne :
-
Vous me conjuguerez cent fois le verbe avoir…
C’est
à Hélène, la tournoyante Hélène,
toujours à glisser un mot à sa compagne, à retourner sa tête blonde vers
l’élève du banc arrière, à
bavarder de tout et de rien.
« La
vérité, rien que la vérité sort de la bouche des enfants. »
A
qui s’adresse l’institutrice? Pas
à moi, je ne l’écoute jamais que d’une oreille, et encore, je la ferme cette
oreille, pour m’évader, me projeter dans un avenir dont j’ignore tout,
sauf
qu’il me réserve un Roméo dont j’ai vu l’affiche sur le mur de l’école. Roméo et Juliette, un film enfants non
admis, c’est dommage. J’aurai beau
supplier : « Man ! Maman ! Mam… », rien n’y fera. Je resterai bel et bien à la maison et
mon grand frère me fera taire parce qu’il écoute la radio :
« …a
battu le record du monde du saut à la perche ».
Ou
encore : « …de tous les pays, unissez-vous »…C’est curieux comme
je n’entends jamais que la moitié des phrases. « Au quatrième top il sera exactement »…
C’est
cela, l’enfance. Une oreille
distraite qui empile des souvenirs tronqués et se prépare de délicieux
souvenirs, peut-être faux, peut-être pas tout à fait vrais, mais
qu’importe ! La vie est faite de contrastes, d’humeurs, de bruits
divers :
« 33…33..33… »,
c’est le docteur qui ordonne : « Tousse, encore une fois,
tousse… ». Mais ce n’est pas
lui qui explose : « Belote et rebelote »…Et assène
triomphalement « Et dix de der.. ». C’est mon oncle.
La
fillette grandit. Un jour, elle
sort de l’église au bras du Roméo d’autrefois, enfin, pas le même, mais il lui
ressemble. « Unis par les liens du mariage », ils entameront le
périple hasardeux des couples qui les mènera à l’âge adulte et, peut-être, à la
vieillesse.
Qui
sait ?
LORRAINE
29 novembre 2009
JE SUIS ATCHOUM!
(Nous avions pour sujet de consigne "Atchoum", à traiter comme personnage ou comme éternuement. Voici le mien)
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Je
l’ai attrapé dans la forêt, c’est sûr. A regarder de trop près les églantines, les genêts sauvages, les boutons
d’or, à fourrer mon nez dans les muguets si bien cachés, à m’étendre
voluptueusement sur un tapis de mousse tout en rimant un poème, un chatouillis
dans les narines a déclenché une séries d’atchoums précurseurs. Depuis, la rose de Noël déchaîne mon
allergie, tout comme le bouleau et au printemps les fleurs de pommier. Le sous-bois, qui pourtant convient à
ma petite taille, m’assassine. Ses
champignons et son humidité me prennent d’assaut et les éternuements perlés me
secouent de la tête aux pieds.
LORRAINE
18 novembre 2009
J'ARRIVE
(A l'Atelier d'Ecriture, il fallait reprendre certains mots soulignés dans un texte et commencer par « J’arrive de loin ».)
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J’arrive
de loin.
J’étais
dans le grenier où je cherchais mon enfance. Je l’avais remisée là il y a
longtemps, avec aussi des morceaux
de l’adolescence et un petit chagrin d’amour.
J’arrive
du passé. Il me semble que c’était
hier. Ne vous moquez pas, cachez vos sourires. Le temps passe vite, vous savez, quand au cœur on a toujours 20 ans. Non, 30… Ou 40 peut-être.
Je
dis au temps « Attendez-moi, je ne suis pas pressée ». Mais le temps s’en fiche. Il me répond :
« Ouvrez
les yeux, voyons, regardez-vous. 20 ans, ma pauvre dame, ils sont partis à toute jambe. Ils ont beaucoup ri, beaucoup dansé, beaucoup
chanté, un peu pleuré et vous
voilà aujourd’hui.
« Ils
sont un souvenir, vos 20 ans, une poussière, un parchemin. Ils ne dansent plus, ils dorment, ils hésitent
même à s’effacer tout à fait de votre mémoire, de vos rêves, de vos gestes.
« Vivre
oblige à l’oubli. Reprenez-vous, ma bonne
dame, gommez la souffrance, souriez de toutes vos rides. La vie est derrière vous. Peut-être vaut-il mieux ne pas y
penser. Vous y arriverez, vous verrez. Un peu de patience. Il reste quelques années, quelques mois, quelques
semaines peut-être.
« Et là, vous vous retrouverez dans le blanc de la page. Celle de l’éternité ».
LORRAINE
15 novembre 2009
J'AI TOUT DIT...
En quelques minutes, simplement écrire sur ce sujet "J'ai tout dit..."
Voilà ce qui en est sorti!
X
Je lui ai tout dit il y a deux semaines. J’ai parlé d’une traite.
Je
le revois : « Quoi ?... ». Il rougit, il suffoque, pire, il
réfute !
cinq ans.
Je l’ai expliqué, il n’a rien entendu. Je l’ai insinué, il est resté
imperméable. Je l’ai crié : il m’a reproché violemment ma colère.
LORRAINE
13 novembre 2009
NON, JE N'AIME PAS LE TELEPHONE
(La consigne nous a enjoint de parler du téléphone selon notre gré, mais en huit minutes maximum. Je m'y suis pliée)
Je
n’aime pas le téléphone. Il bavarde, il rit, il raconte une histoire alors que
je suis en train de m’ habiller, un pied nu, et qu’il est 8 Heures du matin. Le
téléphone n’a pas d’horaire, il obéit à son impulsion. La notion du temps, il
l’ignore. C’est pourquoi non, je n’aime pas le téléphone.
Ah !
bon, vous aimez le téléphone, vous ? C’est pratique (oui d’accord), c’est
réconfortant quand on est inquiet et qu’on vous rassure (je n’en disconviens
pas, mais...), c’est rapide pour prendre un rendez-vous chez le coiffeur ou le
dentiste (ah ! là, certainement, il suffit de dire l’heure et le jour,
j’apprécie...), et puis c’est amical.
Amical ?
Bien sûr que oui, une voix chaleureuse apporte toujours sa vivifiante douceur. Mais
il y a aussi les raseurs, les bavards, les vendeurs, les erreurs, les
pleureurs, et les « identités masquées » qui veulent à tout prix vous
vendre du vin, un salon en cuir, ou un autre téléphone.! Quand "Appelant inconnu" s'affiche sur mon écran, c’est radical : tout simplement je ne décroche pas.
Vous voyez que, décidément
non, je n’aime pas le téléphone !
LORRAINE
03 novembre 2009
LA CHAMBRE JAUNE
Raconter, en vingt lignes environ, une nuit passée ailleurs et dont on
se souvient.
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J'étais en vacances chez ma tante et le soir, je montais vers la chambre jaune avec un plaisir mêlé d’appréhension. Plaisir grâce à l’escalier dont le velours étouffait les pas, plaisir de tirer les tentures dorées sur le jardin d’été, plaisir du couvre-lit et du tapis plain assortis qui m’apportaient une douceur de miel indicible. Là, seule, je me sentais reine. J’avais 9 ans, 9 ans endeuillés par la mort récente de mon père, 9 ans qui tentaient de vivre sans pleurer.
Appréhension aussi, oui. Le roman à la mode « Le Mystère de la chambre jaune » se
diffusait chaque soir à la radio et parmi les grands, j’écoutais. La
radio mimait les ombres menaçantes,
adoucissait la voix quand on parlait d’amour, devenait haute et inquiète lorsque l’auteur laissait
entrevoir le meurtre possible, la
pendaison, l’enfermement, l’enfermement surtout. On se quittait dans l’angoisse, et je pénétrais dans « ma »
chambre jaune tout imprégnée d’une menace diffuse, que précisaient les bruissements des arbres de juillet.
Sous les draps, je réapparaissais pour étudier, l’œil soupçonneux, les ombres glissantes, la
progression lente d’un personnage bossu sur le mur en face, le long soupir venu d’où, Seigneur, venu d’où ?.. La lune jetait un œil par la croisée
entrouverte, j’avalais
précipitamment mon bonbon du soir, puis, épuisée, m’endormais enfin, emportée malgré moi vers un lendemain
dont, à l’avance, je savourais l’horreur recommencée
jusqu’à la fin du feuilleton.
LORRAINE
28 octobre 2009
UN CAUCHEMAR
(La consigne était simple: raconter un cauchemar, en cinq minutes montre en main. Introduire "un régime de bananes" et le mot "porte-manteau. Et terminer par "La boucle est bouclée")
X
Il hurlait sa colère et frissonnait de peur. Où était-il? Qui était là? Il ne voyait rien qu'un régime de bananes pendu au porte-manteau. Le bruit qui l'assourdissait montait de son coeur dont l'intervention l'empêchait d'y voir clair. L'obscurité épaisse dans laquelle il se mouvait le prenait à la gorge. Une sorte de bâillon lui collait les lèvres, comme à l'école où il était le cancre attitré.
Voilà, il y est dans cette école où il se torturait les méninges pour comprendre les maths. Il ne veut pas entendre l'abrutissante leçon du prof sur l'estrade, il en a assez d'étudier, il veut se lever mais il est garroté, il veut crier mais le bâillon l'en empêche. Pitié! Pas de pitié pour les nuls! C'est ce que hurlait le maître et qu'il hurle en lui-même de toutes ses forces. Le nul, c'est lui, le prof avait raison. Il est prêt à tout reconnaître. Il reconnaît tout.
La boucle est bouclée.
LORRAINE


