03 juillet 2008
QUELLE EST CETTE OMBRE?...
(Sujet: Ecrire un poème libre de 8 vers commençant par « Quelle est… ?)
Quelle est cette ombre tenace
Qui insidieusement s’insinue dans la chambre ,
Avec dans les mains des prédictions tues
Dans les yeux le silence des secrets astraux
Et sur la bouche l’énigmatique question ?
Serait-ce la revenante redoutée
Elle qui surgit et se tait
Parmi les ronces de la vie ?
LORRAINE
Illustration: J.P. Avisse (page: www.fée-et-elfe.com)
26 juin 2008
TEMPÊTE DANS UN VERRE D'EAU
(La consigne demandait d'écrire en quelques minutes un texte parlant de l'eau. N'importe laquelle)
X
La neige écrase le village, sa houle hurle dans les arbres gelés. Personne. L’horizon se dresse, aveuglé. Le vent cingle les façades des chaumières, trois ou quatre, agglomérées comme des femmes frissonnantes.
Puis, tout se calme. La neige s’effile, s’arrondit en légers flocons et la pluie , soudain, déferle. Presque joyeuse, presque sereine, lavant la neige, emportant sa trace ; clapotant comme un ruisseau.
Douce, fondante, elle cliquette sur les toits. Un visage mesure derrière le rideau s’il fera beau demain. Ce decresscendo promet un fil de soleil, une accalmie. Mais écoutez : revoici la plainte, la plainte presque soupir puis peu à peu présence, accélération, gaîté des gouttes, flaques creusées.
Non, ne me dites pas que la pluie joue, s’amuse, ruisselle par plaisir. Elle enfle la voix, argentine, tumultueuse, courant le long du sentier, sautant les ruisseaux, belle comme une jouvencelle sortie d’un mirage.
Rien ne se passe, tout s’invente. J’invente mon histoire moi qui ne puis inventer la pluie.

LORRAINE
Illustration: Puy-Notre)-Dame sous la neige
16 juin 2008
TAROTS
Nous devions choisir au hasard trois cartes de tarot, très belles. J’ai reçu la Sorcière, le Diable et la Visionnaire. Dont j’ai ficelé ce petit texte.
TAROTS
Au fond du chaudron, je vois la boule de feu aux éclats dorés. Elle tourne comme ta vie, incandescente, pailletée et ses soubresauts me parlent de l’irrésistible passion que souffle sur toi : le diable ! Vas-tu fuir sa silhouette arrogante, casquée, dont le panache s’élève et grandit en tourbillons de plus en plus vertigineux ? Vas-tu regarder en face ses
yeux d’hypnotiseur, soutenir son regard, le toiser ou au contraire, éperdue, t’écrouler devant sa superbe ?
Il est le pouvoir de la nuit, son sillage enflammé subjugue, la chauve-souris l’accompagne dans ses nocturnes errances. Comme le serpent m’accompagne, moi, la sorcière.
Je ne le crains pas. Le pacte qui nous lie remonte les siècles, je connais ses tours et ses séductions comme il perçoit les sorts et les charmes que j’emploie pour aider le monde…ou le perdre.
Donne-moi tes mains, que j’y lise ce destin qui t’intrigue. La douce lueur des bougies te protège, n’aie crainte, et les colombes roucoulent autour de ta tête. Je te vois Visionnaire, captant l’effluve qui passe, y découvrant le bleu impérial des prémonitions, la nuance d’une image soudaine dont tu perçois l’étincelante vérité cachée aux autres. La lumière de la connaissance est plantée en ton cœur, va sans effroi vers ce que tu ignores et qui te parle lorsque tu te libères du réel et t’abandonnes à l’irrationnel. Le diable ne peut rien contre toi et mon chaudron magique abandonne pour toi ses insolences.
Va en paix. Ton monde s’entrouvre sur un autre espace et ta vérité se porte en toi-même.
LORRAINE
Illustration: www.antigone-astro-tarots.com
09 juin 2008
LA CHAMBRE JAUNE
Raconter en vingt lignes environ une nuit passée ailleurs et dont on se souvient.
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Dans la maison de ma tante, je montais à l'étage avec un plaisir mêlé d’appréhension. Plaisir grâce à l’escalier dont le velours étouffait les pas, plaisir de tirer les tentures dorées sur le jardin d’été, plaisir du couvre-lit et du tapis plain assortis qui m’apportaient une douceur de miel indicible. Là, seule, je me sentais reine. J’avais 9 ans, 9 ans endeuillés qui tentaient de vivre sans pleurer.
Appréhension aussi, oui. Le roman de Gaston Leroux: « Le Mystère de la chambre jaune » se diffusait chaque soir à la radio et parmi les grands, j’écoutais. La radio mimait les ombres menaçantes, adoucissait la voix quand on parlait d’amour, devenait haute et inquiète lorsque l’auteur laissait entrevoir le meurtre possible, la pendaison, l’enfermement, l’enfermement surtout. On se quittait dans l’angoisse, et je pénétrais dans « ma » chambre jaune tout imprégnée d’une menace diffuse, que précisaient les bruissements des arbres de juillet.
Sous les draps, je réapparaissais pour étudier, l’œil soupçonneux, les ombres glissantes, la progression lente d’un personnage bossu sur le mur en face, le long soupir venu d’où, Seigneur, venu d’où ?.. La lune jetait un œil par la croisée entrouverte, j’avalais précipitamment mon bonbon du soir, puis, épuisée, m’endormais enfin, emportée malgré moi vers un lendemain dont, à l’avance, je savourais l’horreur recommencée jusqu’à la fin du feuilleton
LORRAINE
ILLUSTRATION: WWW.CHAPITRE.COM
04 juin 2008
PLEIN SILENCE
Il fallait éviter les "o" à la première strophe, les "t" à la seconde, les "i" à la troisième ! Ce fut un travail difficile mais néanmoins terminé!
X
Un beau et plein silence embaume le matin,
Quand le ciel apparaît dans sa nudité grise,
Un silence zébré par le léger dessin
D’un merle qui s’élance et s’ébat dans la brise.
Un silence perçu avec les yeux de l’âme,
Un silence d’argent auprès de l’étang pur
Tandis que dans l’air dru un sifflement émane
Le sifflement hardi d’un élan dans l’azur.
Le silence endormi sur la prairie voisine
S’éveille sans savoir si le jour sera doux.
Il soupire et déjà le soleil d’or l’anime
De son rayon vainqueur, haï du loup-garou.
Le plein silence aussi règne dans la maison
Où sommeille l’enfant couché dans son berceau
Une cloche enrhumée scande vers l’horizon
Les six coups du clocher sans aucune passion.
Dans la ferme le coq entame sa journée,
Debout sur le purot où sa chanson résonne,
Attestant haut et fort que l’heure est avancée
Et attend le labeur des bêtes et des hommes.
Le monde alerté sort de sa somnolence
Cependant que bourdonne le décevant repos.
La clameur éperdue se propage et danse
Plongeant pour tout un jour l’être dans le chaos.
LORRAINE
20 mai 2008
MON ILE DESERTE
La consigne nous impose de parler de « notre île déserte » mais sans employer de « a ». Alors....A nos plumes !
X
J’y suis sur le bord de mon île. Peu de monde, personne même. Des fossés, des filets
de flotte, de l’herbe, énormément d’herbes diverses, une hutte, tiens, oui !
Quelqu’un ? Non. Voyons. Je crois voir des empreintes. Un singe ? Un homme ?
Oh ! oh ! un homme ! Quelle veine ! Petit, rond, long, étonné, surpris, inquiet, heureux peut-être ?...Brun ? Noir ? ou comme moi, divinement blonde, le teint pur, les lèvres vermeilles. Qu’est-ce que je dis ! Il est sûrement poilu, le soleil de ce coin de terre excite le bulbe, j’en suis sûre !...Une silhouette derrière les rochers...je vibre de curiosité. Lui, je pense qu’il ignore encore qu’une femme le guette. Intéressée. Et pleine d’émotion...
Le voici !...
LORRAINE
07 mai 2008
LE HASARD N'EXISTE PAS...
"Nous avons choisi "au hasard" une grande photo d'où nous devions partir pour écrire le thème. J'ai tiré une vaste armoire ancienne aux tiroirs ouverts bourrés d'objets hétéroclites et surmontée d'un fouillis de vêtements, livres, boîtes, papiers, etc. Voici ma version".
LE HASARD N’EXISTE PAS
On m’avait dit : « Ces tiroirs sont pour toi. Tu y trouveras ton bonheur : des éventails, des dentelles fleurant le lilas, des masques portés autrefois par des marquises amoureuses du roi, un manuscrit antique ramené de la mer Caspienne, des opales dans un recoin, cherche bien et des gourmandises venues d’ailleurs, de très loin, du bout des siècles.
Ouvre les tiroirs, saisis à pleines mains les pochettes brodées,le parfum de santal sur ce foulard Egyptien. Laisse-toi aller, sois curieuse, sois avide, laisse tomber ta sage maturité. Dans ces tiroirs, un monde t’appartient. Ouvre donc… »
J’en ouvre un au hasard. Mais il n’y a pas de hasard…Il est vide. Vide comme mon cerveau. Vide comme la nuit. Vide comme si quelqu’un avait pris un malin plaisir à me piéger. Le vide ! Une sensation de dérision amère, de moquerie inique, l’impression soudain de n’être rien, bafouée par les promesses perfides, paralysée. L’abondance qui écrase l’armoire, ces abat-jours, ces boîtes à chapeaux,
ce mannequin d’une autre époque semblent ricaner devant mon désarroi. Ils ont l’air de murmurer :
« Ouvre un autre tiroir. Tente ta chance »…
Mais non. Si j’ouvre le tiroir de gauche, il aura le même abîme de solitude que le tiroir de droite. J’ai peur de toutes ces étiquettes annonçant des contenus mordorés : « Nougats de Bretagne », « Nuits d’ivresse », « Beauté du diable », « Jeunesse éternelle »…
Rien. Il n’y a rien pour moi. D’autres sont passées. Des mains heureuses ont tout emporté.
Il me reste la résignation. Ou le désespoir.
LORRAINE
Illustration: Boites à chapeaux stetson - chapellerie-traclet.com
03 mai 2008
LA MODE ARRIVE...FEU!
(La consigne: écrire d'après une photo de mode affublée des mots "Jeunes cadres dynamite" et représentant un mannequin anorexique se bouchant les oreilles... La suite, je l'ai "interprétée" à ma façon. Dans un mouvement de répulsion...plutôt lyrique!)
X
LA MODE ARRIVE...FEU !
Il faut innover, innover encore, aller plus loin, plus loufoque, pkus absurde, plus décoiffant. Plus atroce.
Atroce ? Vous vous étonnez. Cette sorte de robe en maille de verre imite pourtant l’homme bardé d’explosifs, non ? Ces doigts que le mannequin rasé fourre dans les oreilles, cette bouche affolée miment l’infernal éclatement, la mort déchiquetée, je ne me trompe pas ?
La faute au photographe? Peut-être. Mais aussi au créateur. Celui qui a inventé ce modèle, l’ a porté en lui, l’a mûri. Celui qui se réjouit déjà du succès de son audace. Il a perdu de vue ce qu’il est en train d’incarner : l’horreur vivante. Dans l’extase de la création, il a égaré ses repères, tendu vers un seul but inévitable et foudroyant : le succès, qui sur le podium, récompensera sa traduction du monde.
Car, n’en doutons pas, la robe « Bombe » explosera sous les applaudissements. La mode « Bombe » se rencontrera dans les salons, les galas, les lofts, les expos, les rallyes, les soirées branchées, les escaliers, les escales et les départs. On la portera noire pour tous les temps, verte pour faire glauque, rouge si l’humeur est à la fiesta et blanche pour les jeunes filles.
Les coiffeurs vont s’emparer du rasoir. Qui n’a pas sa petite coupe militaire ? Et les perruques vont refleurir quand, lassées d’être soldates, les femmes voudront récupérer un air plus humain.
Vous souhaitez parfaire la tenue ? De longs coliiers de perle dégoulineront sur l’armure que, par coquetterie, vous porterez à claire-voie, laissant passer un bout de sein. J’allais dire : un bout de chair, c’est kif-kif.
La mode arrive : vous êtes prêts ? Feu!...
LORRAINE
02 mai 2008
LA SAISON DE L'OUBLI
"Kaléidoplume"est un Atelier d'Ecriture en ligne dont je suis quelquefois les consignes. Les instructions étaient celles-ci: Un lieu: Le chemin de halage
Un personnage: Une silhouette
Une action: Elle court
A nous donc d'inventer l'histoire. Voici la mienne.
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C’est l’été. Les peupliers du chemin de halage éclaboussent le canal de leur vertige vert. Sur l’autre berge, assis dans l’herbe sous mon chapeau de paille, je suis le vieil homme quotidien , qui s’en vient tuer le temps. Ici, il fait calme. Quelquefois du haut d'un chaland , lourd, tranquille, on me fait « Bonjour », un signe de main, un sourire vague, le chaland passe, il est passé..
En face, un vélo pédale poussé par le vent. Les cheveux du garçon s’emmêlent, d’ici je vois qu’il est blond, costaud, sans doute ce que les filles appellent aujourd’hui « un beau mec ». La rectitude du canal me fait mal aux yeux, comme le soleil frisant qui étincelle. Et soudain je la vois : une silhouette fine surgie je ne sais d’où, elle court, elle se presse, elle fait des gestes et elle crie, je crois. Oui, elle crie. Personne ne répond.
Le chemin de halage la happe, semble la tirer
comme on tire un fardeau, le garçon s’est retourné, elle écarte très haut ses bras frêles, , agite comme des oiseaux ses petites mains vides.
Il pédale. Et, j’en jurerais, elle pleure. Il fuit, il s’enfuit, c’est évident, je le vois à son allure qui s’accélère et à la pauvrette qui brusquement, s’arrête, désemparée, désespérée, peut-être ?
Je voudrais lui dire que le chagrin ira en s’étiolant, que les larmes perdues ne le feront pas revenir. J’ai fui ainsi, autrefois, sans un mot. J’ai laissé une femme belle et sensible, assez fière pour ne pas m’assaillir ensuite de vains appels. J’étais jeune, j’avais peur de son ascendant, de sa gaîté, de sa force. Plus tard, six ans après, je suis revenu. Elle était plus épanouie encore, elle m’a regardée avec une indifférence qui m’a pétrifié. Moi, je portais son souvenir. Elle, m’avait banni à jamais.
De l’autre côté du canal, la jeune fille a fait demi-tour. Pour elle commence la saison de l’oubli.
LORRAINE
27 avril 2008
LECON DE MULTIPLICATION
(Tel était le titre de la consigne. Pour nous aider ( !...) nous avons reçu une carte postale représentant un grand oiseau noir volant dans un ciel criblé de lignes rouges. Voici mon travail).
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L’imaginaire multiplie le rouge. L’oiseau le happe dans le ciel zébré du couchant. Il dégouline en larmes de sang sur les champs de bataille. Il éclabousse de son rire les robes gaies des femmes heureuses.
Le rouge est roi des manteaux bordés d’hermine, succulent sous les dents qui croquent la pomme, aérien quand s’envole le papillon et caquetant sur le perchoir où pérore le perroquet.
Le rouge est à la fois couleur, flamme, passion, carnage et audace. Il se multiplie avec souplesse et se divise avec désinvolture. Cette couleur qui déconcerte et attise tour à tour se dégrade en douceurs rosées ou éblouit d’une splendeur d’aurore.
C’est « la » couleur par excellence. Vitale, chaleureuse ou triomphante on la choisit comme coup de cœur ou pour contrer un coup de cafard. On l’aime ou non. Je l’aime.
LORRAINE
