ECLATS DE PAROLES

Quelques amis échangent leurs avis sur le monde, la vie, les arts et partagent leur écriture (poésie, textes, billes, nouvelles, écriture de consigne, etc.)

16 juin 2008

TAROTS

    Nous devions choisir au hasard trois cartes de tarot, très belles.  J’ai reçu la Sorcière,  le Diable et la Visionnaire.  Dont j’ai ficelé ce petit texte.


TAROTS


    Au fond du chaudron, je vois la boule de feu aux éclats dorés.  Elle tourne comme ta vie, incandescente,  pailletée et ses soubresauts me parlent de l’irrésistible passion que souffle sur toi : le diable !  Vas-tu fuir sa silhouette arrogante, casquée, dont le panache s’élève et grandit en tourbillons de plus en plus vertigineux ?  Vas-tu regarder en face seswww yeux d’hypnotiseur, soutenir son regard, le toiser ou au contraire, éperdue, t’écrouler devant sa superbe ?

    Il est le pouvoir de la nuit, son sillage enflammé subjugue, la chauve-souris l’accompagne  dans ses nocturnes errances.  Comme le serpent m’accompagne, moi, la sorcière.

    Je ne le crains pas.  Le pacte qui nous lie remonte les siècles, je connais ses tours et ses séductions comme il perçoit les sorts et les charmes que j’emploie pour aider le monde…ou le perdre.

    Donne-moi tes mains, que j’y lise ce destin qui t’intrigue.  La douce lueur des bougies te protège, n’aie crainte, et les colombes roucoulent autour de ta tête.  Je te vois Visionnaire, captant l’effluve qui passe, y découvrant le bleu impérial des prémonitions, la nuance d’une image soudaine dont tu perçois l’étincelante vérité cachée aux autres.  La lumière de la connaissance est plantée en ton cœur, va sans effroi vers ce que tu ignores et qui te parle lorsque tu te libères du réel  et t’abandonnes à l’irrationnel.  Le diable ne peut rien contre toi et mon chaudron magique abandonne pour toi ses insolences.

    Va en paix.  Ton monde s’entrouvre sur un autre espace et ta vérité se porte en toi-même.

LORRAINE

Illustration: www.antigone-astro-tarots.com

Posté par incarnat à 13:42 - Les consignes et leurs textes - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 juin 2008

PROVINCE

Province repue
Au soleil de midi
Ta place désertée
Dort

L’ombre
Oblongue du tilleul
Enivre le jardin caché
Le soleil a son parfum d’ambre

En ce long dimanche
De septembre
J’écoute le silence
Qui n’a rien à me dire

Le jour s’en va
Dans un crépuscule
De soie rouge
Le vent se lève

LORRAINE


i


      Illustration: i.pbase.com.Sault

Posté par incarnat à 11:10 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

11 juin 2008

SLAM

  Nous avons écouté un slam de « Grand Corps Malade » et pris au vol les mots qui nous frappaient dans le but de les utiliser pour faire, à notre tour, un texte. Un texte libre, pas nécessairement un slam, seulement ce qui surgirait de nous.  Voici quelques mots saisis et utilisés :

    "Heure – transe – silence – flamme – mal – mots – quiétude – souffle – seconde respiration – jour en pleine nuit - nirvana – évasion – furtive – page blanche – autre côté du paysage"

X


    Le silence s’éclaire.  Un souffle, un reflet d’âme ; le slam me possède.  Pourquoi ce besoin de changer les mots, de les jeter et de les rattraper pour dessiner la vie sans rature, l’évasion furtive, le nirvana ? Quand j’écris, je cesse de penser, je trempe ma plume dans la transe qui apparaît silencieusement, je prends au piège la rime errante, j’oublie les coups durs de la vie.

    Je pars de l’autre côté du paysage et si j’ai mal aux mots un instant de puissance magique me fait voir le jour en pleine nuit.

    J’assume la page blanche et j’y puise une seconde respiration.  Ecrire n’est ni une légende ni une hérésie, mais une rare quiétude, comme l’accomplissement d’un rêve qui m’habitait incognito et devient mot, écriture, sentiment, slam et enfin, poème

LORRAINErose_rose

Posté par incarnat à 15:50 - Petits poèmes entre amis - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 juin 2008

PAPILLON DES BLEUETS


Par-dessus les jardins
Par-delà les forêts
Ton caprice volète
Papillon des bleuets                      papillon___Creativy_ThimotyK_

Pétales en partance
Vers quel horizon bleu
Quelle mer, quel pays
Allez-vous deux par deux ?

La prairie sent l’été
Le soleil et le vent
Vous emportent au loin
Pétales vacillants

Je vous invente en rêve               
Et si j’ouvre les yeux
Le rideau frissonnant
Ressemble à un adieu

LORRAINE

Illustration: Creativy+ThimotyK

Posté par incarnat à 09:30 - Petits poèmes entre amis - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

09 juin 2008

LA CHAMBRE JAUNE

    Raconter en vingt lignes environ  une nuit passée ailleurs et dont on se souvient. 
                                        -----------------------------------------

    Dans la maison de ma tante, je montais à l'étage avec un plaisir mêlé d’appréhension.  Plaisir grâce à l’escalier dont le velours étouffait les pas,  plaisir de tirer les tentures dorées sur le jardin d’été,  plaisir du couvre-lit et du tapis plain assortis qui m’apportaient une douceur de miel indicible.  Là,  seule,  je me sentais reine.  J’avais 9 ans,  9 ans endeuillés qui tentaient de vivre sans pleurer.

    Appréhension aussi,  oui. Le roman de Gaston Leroux: « Le Mystère de la chambre jaune » se diffusait chaque soir à la radio et parmi les grands,  j’écoutais.  La radio mimait les ombres menaçantes,  adoucissait la voix quand on parlait d’amour,  devenait haute et inquiète lorsque l’auteur laissait entrevoir le meurtre possible,  la pendaison,  l’enfermement,  l’enfermement surtout.  On se quittait dans l’angoisse,  et je pénétrais dans « ma » chambre jaune tout imprégnée d’une menace diffuse,  que précisaient les bruissements des arbres de juillet.

    Sous les draps,  je réapparaissais pour étudier,  l’œil soupçonneux,  les ombres glissantes,  la progression lente d’un personnage bossu sur le mur en face,  le long soupir venu d’où,  Seigneur,  venu d’où ?.. La lune jetait un œil par la croisée entrouverte,  j’avalais précipitamment mon bonbon du soir,  puis,  épuisée,  m’endormais enfin,  emportée malgré moi vers un lendemain dont,  à l’avance,  je savourais l’horreur recommencée jusqu’à la fin du feuilleton

LORRAINE
6542453ILLUSTRATION: WWW.CHAPITRE.COM

Posté par incarnat à 09:52 - Les consignes et leurs textes - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

04 juin 2008

PLEIN SILENCE

Il fallait éviter les "o" à la première strophe,  les "t" à la seconde,  les "i"  à la troisième ! Ce fut un travail difficile mais néanmoins terminé!

X


Un beau et plein silence embaume le matin,
Quand le ciel apparaît dans sa nudité grise,
Un silence zébré par le léger dessin
D’un merle qui s’élance et s’ébat dans  la brise.
Un silence perçu avec les yeux de l’âme,
Un silence d’argent auprès de l’étang pur
Tandis que dans l’air dru un sifflement émane
Le sifflement hardi d’un élan dans l’azur.

Le silence endormi sur la prairie voisine
S’éveille sans savoir si le jour sera doux.
Il soupire et déjà le soleil d’or l’anime
De son rayon vainqueur, haï du loup-garou.
Le plein silence aussi règne dans la maison
Où sommeille l’enfant couché dans son berceau
Une cloche enrhumée scande vers l’horizon
Les six coups du clocher sans aucune passion.

Dans la ferme le coq entame sa journée,
Debout sur le purot où sa chanson résonne,
Attestant haut et fort que l’heure est avancée
Et attend le labeur des bêtes et des hommes.
Le monde alerté sort  de sa somnolence
Cependant que bourdonne le décevant repos.
La clameur éperdue se propage et danse
Plongeant pour tout un jour l’être dans le chaos.

LORRAINE

15_19_5_web

Posté par incarnat à 18:37 - Les consignes et leurs textes - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 juin 2008

OU VAS-TU, NUAGE?

Où vas-tu, nuage
Calèche de pluie
Ou muraille errante
Tu navigues
Loin

Qui es-tu, nuage
Edredon joufflu
Ou montagne lente
Tu progresses
Loin

Que fais-tu, nuage
Ailes étendues
Comme un oiseau ivre
Tu t’emballes
Loin

Où es-tu, nuage
Portail enneigé
Lourde ombrelle chue
Tu ruisselles

Pluie…`


LORRAINE

Illustration: nuages_sombres_www.mesimages.ch

nuages_sombres_www

Posté par incarnat à 10:23 - Petits poèmes entre amis - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mai 2008

FEMME

Dame_1920__www

Femme des volets clos
Et des draps de pénombre
Femme du doux réveil
Dans les bras de l’amant
Femme des jours heureux
Où donc sont tes vingt ans ?

Femme des lendemains
Le bonheur t’interroge
Femme à tous les échos
Ou femme à la maison ?
Choisis-tu en aveugle
En affirmant ton nom ?

Femme des durs combats
Femme mère ou amante
Debout face au chagrin
Jusqu’à la déraison
Pleures-tu esseulée
Quand l’adieu te tourmente ?

Femme du grand amour
Ou du compagnonnage
Femme-fleur, femme-fée
Femme tout simplement
Qui es-tu, toi qui sais
Ressembler au mirage ?

LORRAINE

Ilustration: dame 1920 - www.von-zezchwtitz.de (Bil Nagel)

Posté par incarnat à 11:07 - Petits poèmes entre amis - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mai 2008

L'ENFANT A L'ENDROIT, L'ENFANT A L'ENVERS

    2roses_rosesJ’ai lu ce livre presque d’une traite, c’est dire s’il m’a plu ! Car je suis entrée de plein pied dans l’univers secret de trois femmes, celles que Nicole Versailles campe avec une sensibilité très fine et beaucoup de psychologie.

    Son titre, direz-vous ? il dépayse et c’est bien, car la façon de présenter le récit dépayse aussi...et c’est parfait ! Entendons-nous : il eût été facile de raconter les choses en les prenant par le commencement : la grand’mère, la mère, la fille. Oui, mais c’eût été banal. Et ce livre est tout, sauf banal. Donc, Nicole Versailles mêle subtilement les vies de chacune. Plus exactement, elle s’adresse à la photographie de sa grand’mère qu’elle n’a pas connue. Et se dévide l’âme d’une petite fille dont l’enfance sévère s’est tue, s’est refermée, a souffert en secret et quelque part, a jugé.

    La maman traduite par les yeux de la fillette est de celles qui veulent « la paix », l’ »obéissance », le « silence ». Et qui sans le savoir se détournent à jamais des élans spontanés, des confidences joue à joue, des éclats de rire qui fusent. La petite fille imagine l’amour d’une grand’mère absente, se l’ »invente » en quelque sorte, se basant sur des détails éloquents et des bribes de souvenirs familiaux. La petite fille reconstitue à sa façon l’histoire d’une famille où le père a abdiqué et laisse à l’épouse le soin d’élever les enfants. C’est-à-dire de les punir, de les envoyer au lit, de les gronder.  De les aimer aussi, certes. La petite fille sait bien que sa maman l’aime à sa façon, et elle le prouve en racontant que,  jeune femme, sa maman  était gaie, heureuse, les photos le montrent...Que s’est-il passé ? L’usure de la vie, du couple, les enfants venus trop tôt, la monotonie, le bien-pensant, le comme-il-faut ?

    Et l’enfant tricote et détricote l’histoire de sa famille, et son histoire à elle, ses espérances, ses chagrins, et sa réconciliation intérieure longtemps après, très longtemps, avec cette maman qui l’aimait malgré tout.

    C’est un livre de femmes. Un très beau livre qui ouvre des portes et ferme les blessures. Il est écrit à l’encre du cœur. Un cœur qui bat, qui bat, qui bat...

LORRAINE

    "L'enfant à l'endroit, l'enfant à l'envers" -
Editions "Traces de vie" - 15 euros .On peut se procurer le livre chez l'auteur: nicole.versailles@skynet.be

   

Posté par incarnat à 09:42 - Lire - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 mai 2008

LE PETIT BONHEUR

     Je n’ai pas mis mes bonnes chaussures ce matin. J’ai laissé ma voiture  juste avant le pont,  mon bureau d’architecte est de l’autre côté et je porte mes souliers bruns en veau fin, souple, des souliers d’homme élégant.  Je chantonne aussi à bouche close :

     « C’est un petit bonheur que j’avais ramassé, il était tout en pleurs sur le bord d’un fossé.

     Ca tourne dans ma tête. Il fait un de ces soleils d’automne à vous coller l’envie de tout plaquer, de vous envoler par-dessus les arbres et de planer, loin. Alors, j’ai bifurqué, oui, d’un coup, comme ça  sans me consulter vraiment, j’ai quitté le trottoir et coupant à travers une prairie, je suis parti vers le sous-bois dont je vois la cime se balancer. Une envie folle d’odeurs humides, de sentiers détrempés, une envie d’étang boueux et verdi. Et toujours cette rengaine du « P’tit bonheur ». Je marche. J’aurais dû mettre mes basketts. Mais je suis bien. J’entends le rare appel d’un corbeau, le doux grésillement d’un écureuil discret, la voix plaintive  d’une fleur. Une fleur ?... Une fleur d’automne comme je n’en ai jamais vu.  Assise au bord de l’eau, sa corolle de pétales jaunes humides de brume, elle a les larmes aux yeux. Enfin, c’est incroyable, une fleur ne parle pas ! Mais elle insiste, elle dit :

    « Monsieur, emmenez-moi, chez vous emportez-moi »...f_e_avec_fleur

    Je me secoue : impossible, ce sont les mots de la chanson, elle ne peut pas savoir que je la fredonnais, elle est sorcière, cette fleur ! Une fleur ?..

    Alors, j’ai bien regardé. Non, c’est une toute petite femme triste, haute comme une tige, qui tend vers moi des bras de verdure, des yeux de myosotis. Agenouillé près d’elle, dans le chemin détrempé, je l’ai prise dans ma main. Elle a souri, s’est assise dans ma paume, puis, couchée en rond, comme un chat, elle s’est endormie.

     Je l’ai emportée dans la poche de mon veston. Nous allons nous marier. Demain, je la présente à ma mère. Elle sera contente.

LORRAINE

Posté par incarnat à 10:46 - La nouvelle du mois - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »