12 août 2009
MOI, JE NE SUIS PLUS UN BEBE...
Il y est. Presque. Un genou se traîne, l’autre avance, une jambe se déplace, la dernière est là et Bébé, triomphant, rit aux anges : il marche. A quatre pattes, je vous l’accorde. Mais c’est déjà magnifique. Il en bredouille, en balbutie des mots pour les anges, fait des bulles, se couche sur le dos et joue avec ses mains. Il est content ; il est lui-même.
C’est un boy, un petit garçon qui grandit vite. Il sait emboîter (mal) des pièces de bois, se mettre debout tout seul, tenter un pas...
Aïe ! non, c’est trop tôt. Pan ! Il retombe assis. Il hurle. De mal ? Non, de colère...Là, il faudra faire attention, c’est un petit garçon qui sait déjà ce qu’il veut ...et ne veut pas. Rendre les ciseaux à maman, par exemple. Ou le verre de citronnade qu’il a capté d’une main leste. Il tient bien serré le sac de café juste sorti du sac à provisions. Mais non, Bébé, pas le café, voyons ! Il le rend à contre-cœur. Les carottes l’intéressent. Mais non, pas les carottes !...
Ce n’est pas gai d’être un bébé. Maman dit toujours non ou bien « Tu es trop petit ». Mais je grandis. Je suis debout et je marche. Un pas en avant, un deuxième qui vacille, zut, je suis par terre ! Oui, je hurle. Maman dit qu’elle a mal à la tête. Moi, j’ai mal aux fesses de tomber dessus. Mais on-z-y va ! Un effort. Hop, je suis debout, je me tiens à la chaise, je me tiens à la table, je me tiens à la nappe...Tiens, elle tombe ! Pourtant je ne tire pas. Maman ne se fâche pas, elle dit même « Bravo ! » parce que j’ai marché comme un grand.
« C’est ton premier pas dans la vie » dit Papa à qui on raconte le miracle. Papa dit toujours des choses que je ne comprends pas. Mais ça viendra. Quand je serai grand...
LORRAINE
24 avril 2007
HISTOIRES DE BENJAMIN
Dialogue entre cousins…..
Maxime est malâââde ce mercredi 18 avril 2007…Angine, otite et
donc Mamy-sitting. De grand matin il tient cependant la forme olympique
et c’est avec ravissement qu’il s’installe ( tout seul ! ) dans le
siège-auto de la belllle, super voiture de Papy Emile et Mamy Annie
pour aller chercher Benji à l’école .
Extraits de morceaux choisis du dialogue entre les deux dans l’auto :
- Maxime : « Coucou Binzamin, ça va bien ? A été à l’écol’ ? « 
- Benji : « Mais, mais, mais, Mamy il sait parler maintnant ? »
- Maxime : « ‘ gade, Binzamin, une moto, comme Papaaaa ! «
- Benji ( légèrement boudeur… ) : « Moi, mon Papa, il a pas de moto ! «
- Maxime : « Papa est au bureau et Maman à l’écol’ ! «
- Benji : « Mais ça c’est pas possible, ta Maman, elle est trop grande pour encore aller à l’école ! «
- Maxime : « Va à la maison de Mamy ? Manzer ?
- Benji : « C’est quoi une panade ? »
- Maxime : « Voui, à la maison de Mamy et Chérie aussi ! «
-
Benji : « Chérie-Chérie, c’est mon chien d’abord et puis
tu peux pas lui tirer la queue tout le temps comme Mamy a dit que t’as
fait une fois, hein ! »
- Maxime : « Cheval ! «
- Benji : « C’est même pas un vrai, c’est une statue, enfin ! « ( soupir )
- Maxime : « Papyyyy, poule d’eau ! »
- Benji : « Oh, oui, Papy z’adore quand tu fais la poule d’eau ! »
- Maxime : « ‘gade, Binzamin, la maison de Mamy là ! »
- Benji : « Ben oui, c’est les Capucines au numéro 30 ! »
Hélàs, tout cela finit par des cris et des larmes car la
méchante Cruella ( ils sont tous les deux fans des « 101
Dalmatiens » ), entendons par là Tatie Jo est venue chercher Petit
Maxime pour qu’il fasse dodo. Benji rouspète, il voulait jouer avec lui
( = à côté de lui )jusqu’au soir et Maxime hurle quand on l’emmène de
force dans l’auto… Dure, dure, la vie….
Amanda
22 décembre 2006
SUZY: MA FILLE
(Je rappelle qu'il s'agit d'un extrait de journal intime d'une maman d'il y a cinquante ans)
X
Ma petite fille est mince comme un chat souple. Ses yeux
longs ont de la sauvagerie, ses pieds étroits dansent et courent : elle
a quatre ans.
Si elle me voit près de son père en train de parler, vite elle
accourt : « Restez comme ça, vous deux » et entre nos mains elle pousse
son museau inquiet, s’accroche, se hisse jusqu’à notre visage.
Quelquefois, je cherche sur ses traits qui elle est, car je me
retrouve peu. Son demi-sourire, son air lointain, sa façon directe de
dire ce qu'elle pense en font bien ta fille ; mais soudain elle rit,
d’un rire qui veut le monde, ses solitudes comme ses abondances, ses
royales insouciances, ses dures réalités, et je reconnais en ce rire
l’écho du mien. J’aime vous voir ensemble, avec vos bouches
pareillement taquines, vos yeux bleus identiques, les mêmes moues, les
mêmes absences.
Je sais que vous me reviendrez
toujours, car mon équilibre est souvent la flamme qui anime vos
délicates pénombres.
GARANCE
Retrouvez-nous sur "INTERNET-RENCONTRE" (voir lien) dans notre feuilleton sentimental et quotidien.
16 décembre 2006
LES REFLEXIONS DE BENJAMIN
Papy Emile et Mamy Annie ont chaque semaine droit à un petit cours de morale, du style :
« Moi, je vous dis que….J’aime bien venir ici pasque je vous aime bien tous les deux. MAIS, j’aime d’abord plus fort ma Maman. Pasque y faut d’abord aimer sa Maman. Et puis son Papa. Et puis vous et Chérie-Chérie (1) et Petit Maxime, mon petit frère.
Mamy : « Mais ce n’est pas ton petit frère !! »
Benjamin
: « Non, je sais mais je dis que c’est mon petit frère pasque
j’en ai pas. Et j’aimerais bien en avoir un, je le protégerai ! »
Et donc, cours d’éducation sexuelle :
- Tu sais qu’avant d’être grand, j’étais petit ? Tout petit, une petite graine dans le ventre de ma Maman ? Puis, j’ai poussé, je suis devenu grand comme ça et pouf, je suis sorti de son ventre, et menant je suis là. J’aimerais bien que ma Maman elle trouve un amoureux pour lui mettre une petite graine dans son ventre pour avoir un petit frère. Pasque mon Papa y veut plus le faire. Dis, Mamy, tu veux pas lui trouver un amoureux à ma Maman ?
Mamy :
« Je crois qu’elle aimerait mieux le trouver toute seule «
Benjamin :
« Oui, mais, mais, c’est loooooong «
AMANDA
(1) Chérie-Chérie est le chien
05 décembre 2006
SUZY: PRIERE A SAINT NICOLAS
St Nicolas, puisque tu erres cette nuit d’un pas silencieux sur les toits gelés, n’oublie pas qu’à côté des petits souliers de Suzy j’ai glissé ma mule rouge. Quand tu jetteras dans la cheminée un peu de ta poudre d’or qui rend heureux les enfants sages, qu’il en
retombe une poussière sur le bout de ma pantoufle, afin que je recueille un peu d’émerveillement pour réchauffer mes jours sombres.
Je te demande jusqu’au bout de ma route ces yeux qui voient toujours l’espoir, des yeux gais, et au fond du cœur l’humble constance dans l’effort. Tu viens pour Suzy, pour combler ses mains d’enfant, mais qu’à côté d’elle je reçoive le doux bonheur de la voir heureuse.
Tu passes, St Nicolas, tu effiloches chaque année un peu plus l’azur de mes souvenirs et je commençais à oublier l’odeur du 6 décembre mêlée d’oranges et de chocolat, l’extrême tristesse de la rue sous le brouillard et l’éblouissement de mes découvertes.
Mais tu me les rends dans le regard de ma fille et je ne sais plus qui, de nous deux, sera la plus comblée.
GARANCE
27 novembre 2006
DON D'ENFANCE
J’invente un conte de fées à raconter aux petits enfants et je
lui donne tous les rêves de jadis, les escaliers qui marchent et
s’arrêtent sous les balcons qu’on voudrait
escalader,
les maisons peintes en or et tapissées de miroirs, les oiseaux bavards,
les lumières vivantes. Je fais dire aux portes « Je n’ouvre
jamais » et je jette un petit garçon de la terre en plein monde
magique. Je suis riche de tous ces trésors, j’ai de la peine
quand il s’égare dans la forêt et je connais son émerveillement quand
le Ver Luisant devient un phare.
J’habite un monde de petits êtres où chacun a sa chanson, je
visite des palais où, à mon gré, les tasses sont en pétales de roses et
les lustres en rubis. Une petite voix chuchote dans les fontaines
et je sais l’écouter et m’en rafraîchir. Je prends alors ma fille
par la main et la mène dans cet univers qui demande beaucoup de foi ;
elle m’y suit fidèlement sans se troubler et me parle de Poucet comme
s’il était de ses intimes.
Elle sait qu’il a un chapeau et des bottes et me révèle parfois des
choses que j’ignorais moi-même, et qu’elle sait par ce sens de
divination qu’ont les enfants et les poètes. Nous nous entretenons
longuement du Chat, un familier, et de la Cloche, qui sonne si souvent
et à tant de clochers.
Nous savons sur les fleurs des choses que nous ne répéterons pas
et sur notre fenêtre, la pluie ne pleure pas, elle fredonne. Quand
vient le soir et que ma petite fille dort, je crois que l’enchantement
est fini, mais l’horloge me semble un nain qui marche à pas rapides et
je ne puis m’empêcher de lui sourire comme à un complice.
J’ai peut-être retrouvé le don d’enfance, celui qui rend crédule
et puéril. Balivernes ! diront certains. Moi, j’écrirai « Bonheur »,
tout simplement.
GARANCE
16 novembre 2006
SUZY : LES FABLES
(Il y a cinquante ans, les chambres d'enfants étaient tapissées de dessins divers. En voici le souvenir)
* * *
Tandis que sur les murs de ta chambre tu apprends les
fables à ta façon, je songe à la consternation du bon La Fontaine s’il
t’entendait :
- Et le lapin il court après la
tortue pour lui prendre son chapeau. Pourquoi lui, il a pas de chapeau,
dis, maman ?
- Parce qu’il a de trop longues oreilles.
Le dessinateur facétieux a aussi paré la tapisserie d’un loup
revêtu d’un tablier à bavolets et le mouton porte culotte. Tout ceci te
réjouit fort, petite Suzy, mais tu t’attendris devant la fillette qui a
cassé son pot au lait. Tu voudrait bien savoir pourquoi le lion est
coiffé d’une couronne et quelle chanson chante la cigale.
Nous n’aimons pas beaucoup la fourmi, elle a mauvaise mine.
- C’est une petite Madame triste, dis-tu.
Et nous qui te connaissons bien, nous savons déjà qu’il te pousse des ailes de cigale, gaies et insouciantes.
Sous l’arbre du corbeau, le renard semble un troubadour. Sa
jaquette mordorée, son feutre à plumes te plaisent et tu en veux à
l’oiseau gourmand qui clôt un bec obstiné sur un superbe fromage.
Je ne suis pas très sûre que tu sauras jamais tes fables d’une
manière classique, mais le monde imaginaire est le tien et tu y puises
une précoce philosophie !
GARANCE
09 novembre 2006
Suzy: Ogresse
(La suite des entretiens de Suzy, une petite fille d'il y a cinquante ans, avec sa maman) ![]()
- Dis, maman, les sorcières mangent les enfants ?
Suzy relève un front soucieux et je m’empresse de la rassurer :
les sorcières n’existent pas. Elle n’est pas convaincue :
- Dans Hansel et Gretel, elle voulait manger les enfants, pourtant !
- Mais c’est une histoire, chérie, c’est inventé.
Quel est cet air dépité, voire soupçonneux ? Un temps de profonde réflexion puis :
- Eh bien moi, j’aime mieux qu’il y « a » des sorcières…
Et elle se raconte pour elle-même, avec une parfaite sérénité,
un récit d’ogresse qui me met mal à l’aise. Elle croit aussi que le
loup a une maison avec plusieurs lits, un loup qu’on atteint quand on
roule très vite, très longtemps en chemin de fer. Elle tient à ses
peurs comme à ses féeries, vit dans l’intimité des nains, leur parle,
me renseigne sur les habitudes de Blanche-Neige, imite la voix du petit
oiseau qui parle dans les bois et invente des histoires pour les
personnages qu’elle imagine.
Précieuse enfant de quatre ans, comme je t’aime pour tes
croyances profondes, ton choix délibéré de l’irréel, ta foi en
l’imaginaire ! Tu donnes un nom au papillon qui s’éloigne et tu parles
à l’araignée qui court sur ta main « cette petite araignée pressée qui
va vite chez sa maman ».
Puisses-tu longtemps garder cette pourdre d’or, petite Suzy,
pour ton bonheur et pour celui des êtres qui t’entourent.
GARANCE
02 novembre 2006
SUZY:JE TE DONNE...
Cours,
petite fille, je te donne cette forêt. Prends. Tes mains
peuvent saisir des feuilles mortes sur la route ou caresser la dernière
herbe. Ils sont à toi, ces sentiers où nous sommes seules, ces
troncs abattus par les bûcherons qui s’en sont retournés, et le lac que
le vent creuse d’une caresse.
Je te donne ce ciel. Personne ne le regarde ; c’est pour
toi qu’il a des zébrures pâles et d’étranges nuages mordorés.
Ecoute ces oiseaux qui te font peur, écoute leur cri sauvage et aime-le.
Tu sauras que le parfum de l’herbe ensorcelle le crépuscule et
je te montrerai la mare étroite au creux du sous-bois. Je te
conduirai dans les sentiers d’automne comme dans les sous-bois
printaniers. Tu apprendras les saisons et leurs splendeurs
cachées.
Cours, petite fille...
GARANCE - Illustration: Forêt de Soignes - www.tbx.be
25 octobre 2006
SUZY: LE DESSIN...
Pour le lecteur de passage, je signale que ce billet a été écrit il y a plus de cinquante ans par une jeune maman d'alors!
X
Suzy a deux ans et demi. Elle dessine. Elle relève la tête et m’appelle :
-Regarde ! Papa, maman et Suzy !..
Je m’approche, intriguée. Et l’artiste me montre un triangle, un triangle bien fermé ! La satisfaction se lit sur son visage. Quelle étrange projection de notre cellule familiale ! Quelle saisissante image de ce tout dont elle fait partie !
Nous sommes en veine aujourd’hui, en pleine inspiration. Flatté par mon attention, le crayon esquisse des tableautins aux noms évocateurs : « Moi et la lune », une ligne farfelue que termine un gros point. « La maison des fifilles », « le bain dans l’eau », « les pantoufles »…chaque œuvre en traits bien nets, sans hésitation.
Moi, je cherche en vain ce que ces yeux satisfaits découvrent dans ce barbouillage. J’ai visiblement dépassé l’âge de la foi puérile. A mes côtés, heureuse de son inépuisable création, l’enfant s’extasie devant des fleurs qui font fi des lois de la nature et elle pousse l’audace jusqu’à me raconter une histoire, dessinée bien sûr, qui s’achève dans un lac recouvrant toute la feuille. Heureuse petite fille!
GARANCE
