11 janvier 2009
A MON MAÎTRE
(Le sujet était simple et compliqué en même temps: il fallait imaginer un maître (quel qu'il soit mais qui avait compté) et qui venait de mourir. Et exprimer dans une lettre ce qu'il représenta pour nous. Dans un style un peu précieux! J'ai choisi la vérité)
X
Adieu. Je ne vous verrai plus. J’ai mal. Dans le bureau trop petit où vous m’accueillîtes un matin de printemps, je ne reviendrai pas. J’avais besoin du regard bleu que vous posâtes sur moi et qui mit fin à ma panique de jeune fille.
Donc, nous allions travailler ensemble. Donc, vous alliez m’apprendre à écrire bien, à écrire mieux, et moi je taperais vos articles pour l’hebdomadaire dont vous étiez rédacteur en chef.
Je vous revois, une anthologie à la main, marchant de long en large en me lisant des vers. Car, avant tout, vous étiez poète, vous brûliez pour Musset, vous déclamiez Lamartine, vous m’apprîtes Marceline Desbordes-Valmore, et j’écoutais, grisée, ces mots qui m’entraient dans la tête et dans le cœur.
Vous m’avez tout appris : le rythme et la cadence,
le désespoir chanté et l’amour murmuré, la tendresse d’une mère, l’épopée de Victor Hugo et l’envoûtement de Verlaine.
Nous travaillions cependant. Et là encore, vous fûtes mon maître. Vous m’avez apprîs à me relire, à écouter sonner un mot, à respecter l’accord et à titrer un texte. Vous qui m‘avez imposé de rédiger mon premier conte pour jeune fille, m’obligeant à dépasser ma timidité de débutante, avez publié ce récit et m’en avez demandé d’autres. Vous m’ouvriez, sans que nous le sachions ni l’un ni l’autre, la porte qui me mènera au journalisme.
Vous n’êtes plus. Vous m’avez légué quelques livres, des réflexions où je me retrouve dans votre carnet quotidien, des lettres d’auteurs. Mais surtout des souvenirs. Je vous dois beaucoup. J’ai envie de dire : « Je vous dois tout ».
Mon maître, vous avez dit un jour à ma mère « Votre fille est souvent dans les étoiles. Laissez-la. Elle y cherche sa vie ».
Grâce à vous, je l’ai trouvée.
Mon maître, je pleure.
LORRAINE
07 janvier 2009
TU M'AIMAIS ALORS...
L’oubli de l’amour
Laisse dévêtu
De toute chaleur
Soufflons nos chagrins
Comme s’éteint une bougie
Et dis-moi adieu
Ne m’écris jamais
L’encre fait mal au regard
De ceux qui souffrent
Tu m’aimais alors
L’automne s’embrume
Je reste seule
LORRAINE
24 décembre 2008
ADIEU, PERE NOEL!
Nous sommes le 24 décembre. C’est le jour où Père Noël visite les cheminées des enfants sages. Il les connaît par cœur, il sait ce qu’ils souhaitent, il offre ce qu’il considère comme il faut, ni trop (il est des enfants avides !), ni trop peu (il est des enfants timides). Mais il dépasse les cheminées des jeunes filles et ce soir, j’en ai bien peur, il ne s’arrêtera pas chez moi.
Pourtant, je m’habille de mon mieux. J’ai mis ma robe de lumière, rose et à reflets discrètement bleus ; une robe de maman qui la portait quand j’étais une petite fille. Je l‘ai gardée par amour et en souvenir d’elle. J’ai aussi déposé sur mes cheveux bruns
une mince couronne qu’elle assortissait à son sac à main quand elle sortait le soir. Moi aussi, je devrais sortir ce soir, c’est notre dernier rendez-vous au Père Noël et à moi. Mais même s’il m’a dit « A demain », je doute de sa venue. Comment pourrait-il m’emporter une dernière fois en traîneau alors que tant de petits espèrent son passage ? Il ne va pas s’encombrer de moi, je ne m’illusionne pas. Et pourtant, dès que a nuit tombe, je guette derrière mon rideau...
J’ai préparé mon grand manteau noir, car il fait froid cette nuit de Noël. J’ai aussi mis dans ma poche des gants fourrés...mais les heures passent. D’habitude, il est déjà là...D’habitude, il m’emmène et nous ne comptons pas les heures. Mais cette nuit, seule devant le firmament étoilé, je suis triste car l’heure coule, coule, comme de la soie que les mains ne peuvent retenir...
Ah ! comme je me raisonne ! Comme je me dis que tous ces petits enfants seront comblés par le zèle du Père Noël, sa bonté, sa mémoire, son indulgence, sa gentillesse... Comme je tente d’être sereine, de comprendre que tous les rêves ont une fin et que j’ai eu bien de la chance, tout compte fait, de vivre quelques heures avec le Père Noël. Oui, je comprends tout, mais je suis triste. Si triste !
J’aurais aimé qu’au moins il me dise « Au revoir ». Ou peut-être « A l’année prochaine ». Qui sait, nous aurions pu revivre année après année, le sortilège de Noël ? Mais je me leurre. Derrière mon rideau, je continue à guetter la nuit. Je vais jusqu’à entrouvrir la fenêtre, pour entendre, peut-être, les pas du cerf et celui du traîneau. Non, rien... Si ! soudain, une petite voix connue, un miaulement familier : « Milord ! »...Mon Milord, en
chat coutumier, sans habit, gris et blanc comme toujours et si heureux, si heureux de me revoir, de se précipiter vers moi, de me donner de grands coups de tête affectueux. Oh ! Milord ! Tu as quitté le Pays des merveilles, tu es là, ronronnant, heureux. Donc, il a pensé à te ramener là où tu es chez toi, sans falbala, sans tralala, dans ta vie de chat de tous les jours.
Au fond de moi, une petite voix murmure « Merci, Père Noël, merci pour Milord »...
Et soudain, un bruit, un saut, un bond...Ma fenêtre s’illumine, le Père Noël est là, fatigué sous sa barbe blanche, mais le sourire aux lèvres.
- Ma chère enfant, vous pensiez que je vous avais oubliée ?
- Je croyais...je me disais...avec tous ces cadeaux à distribuer, vous aviez autre chose en tête. Vous n’aviez pas de cadeau pour moi, donc...
C’est alors que j’entends, stupéfaite, bouleversée...et transfigurée de joie :
- Si, moi !...
Père Noël arrache sa barbe, rejette sa houppelande, dépose sa hotte vide et m’apparaît tel le Prince de Blanche-Neige, inattendu, beau, amoureux, me prenant par la taille, m’enlaçant de sa ferveur, tandis qu’il murmure :
- Vous êtes mon plus beau cadeau, petite Cendrillon. Voulez-vous de moi pour époux ?...
Et c’est ainsi que, depuis des siècles, j’ai épousé le Père Noël.
LORRAINE
29 novembre 2008
TANT D'EPERONS NOUS ONT BLESSES...
Le parc s’embrume
Qui fredonne ? J’entends
Les mots bleus de ton regard
La lune soudain pose un masque
Sur ton visage d’aventure.
Diras-tu dans le clair-obscur
Que tu m’aimes ou que tu me fuis ?
Tant d’éperons nous ont blessés
Ta main dessine mon visage
Mon ami, en ce soir d’automne
Diras-tu les mots qui pardonnent ?
LORRAINE
photo: Paleontour
15 septembre 2008
VOLET DE NUIT
Le volet qui bat dans ma tête
Ferme à clé tous mes souvenirs
Il éteint mes dîners de fête
Mon passé et mon avenir
Ce volet claque sous mon front
Comme une victoire lassante
Attendant sans peur ni passion
Qu’arrive la nuit grandissante
Cette nuit qu’aucun volet clos
Ne freinera à l’heure dite.
Mon adieu aux doux nids éclos
Evoque notre accord tacite.
C’est l’heure de la sarabande
Et je ferme à tous les échos
Le vieux volet de contrebande
LORRAINE
( septembre 2000)
