15 septembre 2009
MONOLOGUE DU NUAGE
Je suis un nuage tout en soie, de la soie mordorée très souple. Elle se gonfle quand je deviens navire, et m’emporte par-dessus les clochers d’église, les vertigineuses falaises, les villes endormies.
Je plane. Je rêve. Je miroite même quand les hirondelles
en quadrille me traversent au printemps. J’ai des reflets d’azur et des reflets rosés au crépuscule et d’un pas de monseigneur, je survole alors les villages qui s’endorment.
Je suis un nuage rebondi, allègre, je joue avec le soleil et le vent s’il est de bonne humeur me pousse à toute allure vers des pays hospitaliers.
J’ai dit « hospitaliers ». Car hélas, il en est d’autres. La Belgique, par exemple. Dès que j’aperçois ses frontières, je me rembrunis, je sais qu’elle m’attend de toute sa grisaille. Elle fait semblant d’être avenante, elle érige pour m’accueillir des beffrois moyenâgeuses ciselés d’anges et de gargouilles, elle a l’attrait pernicieux des peuples belligérants qui se mesurent avant de se massacrer. Et c’est moi qu’elle massacre !
J’ai à peine franchi la frontière qu’une petite pluie fine et inconsistante me reçoit en faisant des salamalecs obséquieux :
« Entrez, vous ête
s chez vous. Installez- vous bien à l’aise. Venez, je vous montre le chemin ».
Je me rebelle, je veux faire demi-tour, j’appelle à la rescousse le vent et la tempête, mais rien à faire. La pluie est souveraine. Elle le sait. Et moi, joli nuage blanc insouciant qui vient du Sud, je m’écartèle, j’abrite à mon corps défendant des volumes et des volumes d’eau, je perds ma grâce, ma silhouette et j’immerge, bon gré mal gré, une population résignée qui me lorgne avec malveillance.
Alors, quelquefois, je m’effiloche. Et je redeviens un morceau de ciel qui vogue vers l’Orient.
LORRAINE
Images: 1 - Cumulus (Wikipedia Commons)
2 - Toits de Bruges (FDV - Flickr)
08 août 2009
PROVERBES D'AOÛT
10 août :
- Saint-Laurent partage l’été par le milieu
-Froidure à la Saint-Laurent
Froidure à la Saint-Vincent
13 août :
- S’il pleut le jour de Sainte-Radegonde
Misère abonde sur le monde
15 août :
- La Vierge du 15 août
Arrange ou défait tout
- Quand il pleut le jour de l’Assomption
Il pleut jusqu’à la Nativité (8 septembre)
- Pluie de l’Assomption
Huit jours de mouillon
Il nous reste à vérifier si les dictons ne mentent pas ! quoi qu’il en soit, que le mois d’août vous soit favorable !
LORRAINE
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10 juin 2009
PROVERBES DE JUIN
Nous connaissons tous St Médard qui nous menace chaque année de sa pluie redoutée. Car son dicton avertit :
« S’il pleut à St Médard
C’est du beau temps pour les canards »
Ou une variante :
« Pluie de St Médard
Quarante jours bousards »
Heureusement, le mauvais augure peut être corrigé par un Saint plein de bonne volonté : j’ai cité « St Barnabé » ».N’en doutez pas : il est capable de remettre le temps au beau fixe. Tout dépend de sa bonne volonté. S’il pleut ce jour-là, tout est perdu. S’il fait soleil, tout est gagné. Alors soyez attentifs, St Barnabé c’est le 11 juin. Voici encore trois dictons qui le concernent :
« Le plus grand jour de l’été
C’est le jour de Saint-Barnabé »
« Blé fleuri à la Saint-Barnabé
Donne abondance et qualité »
« A la Saint-Barnabé
Fauche ton pré »
Vous voilà avertis. Et aptes à vérifier si, oui ou non, les dictons disent vrai !...
LORRAINE
10 avril 2009
PROVERBES DE PÂQUES
Bien entendu, les dictons et proverbes de Pâques foisonnent ! Mais je choisis pour vous ceux qui peuvent convenir à notre époque et à nos saisons.
« Pâques de longtemps désirées
Sont en un jour tôt passées »
« Pâques tôt, Pâques tard
Un bon merle a des petits à Pâques »
« Pâques pluvieux
Saint-Jean farineux »
« A Pâques, le temps qu’il fera
Toute l’année s’en rappellera »
« Quand il pleut le jour de Pâques
il pleut pendant quarante jours »
Préparons-nous donc ! Et jetons un rapide coup d’œil sur les proverbes des jours qui suivent.
Le 22 avril nous annonce : « Pluie le jour de Sainte-Opportune, ni cerises, ni prunes ». Ah ! bon ! Et puisque nous parlons (décidément beaucoup...) de pluie, voyons ce que nous réserve le 23 avril.
« S’il pleut à la Saint-Georges
N’y aura ni guigne ni orge »
(La « guigne » est une cerise à longue queue)
Et, plus joyeusement :
« S’il pleut le jour de St Georges
Toutes les cerises lui passent par la gorge »
Le vilain ! Mais il n’est pas le seul de mauvais augure. Voici St Marc, le 25 avril, qui annonce fortement :
« A la St-Marc, s’il tombe de l’eau
Il n’y aura pas de fruits à noyaux »
Mais heureusement le bon St Frédéric nous rassérène le 27 avril :
« A Saint-Frédéric tout est vert, tout est nids,
Plantes, bêtes et puis gens, tout sourit »
Quittons-nous sur cet espoir, Joyeuses Pâques à tous, et à bientôt !
LORRAINE
23 octobre 2008
PROVERBES D'OCTOBRE
Le temps file, les jours passent, octobre s’étire vers novembre et demain nous serons à la St-Raphaël. Voulez-vous savoir ce qu’il prédit :
« A la Saint Raphaël
La chaleur monte au ciel »
Donc, rangez définitivement vos robes légères, vos corsages échancrés, un frisson se prépare, l’automne se fait plus actuel et, nous nous y attendions, St Crépin y va aussi de sa prédiction le 25 prochain :
« A la Saint-Crépin
Les mouches voient leur fin »
Ce qui n’est pas pour nous déplaire ! Mais voilà une nouvelle moins drôle, c’est Sainte Antoinette qui s’en charge le 27 :
« A la Sainte-Antoinette
La neige s’apprête »
Déjà ? Oui, oui, d’autant que nous recevons une confirmation le 28 octobre :
« A la Saint-Simon
La neige sur le tison »
Bigre ! Nous voilà avertis ! Tempérons cependant ce proverbe pessimiste. Deux saints semblent s’en mêler :
« Quand Simon et Jude n’apportent pas la pluie
Elle n’arrive qu’à la Sainte-Cécile »
Dans ce cas, nous avons du temps devant nous : Ste Cécile n’arrive que le 22 novembre...
A bientôt. Je vous reviendrai avec les proverbes du mois prochain.
Bonne journée ! 
LORRAINE
18 septembre 2008
LE PETIT BAL D'ETE
Il a franchi le fleuve dans la barque du passeur. Les rames frappent l’eau en cadence. Sera-t-il à l’heure ?
La Meuse suinte d’ennui. L’homme va dans la pluie oblique qui gifle les rives et glisse entre les pavés, jusqu’à la rigole.
Ellle avait dit : « De l’autre côté de la Meuse, « Au bon coin », vous voyez où ?
Il trouverait bien. L’important, c’est la revoir. La revoir telle qu’hier au bal du village où, arrivé le matin, il s’est rendu. Un de ces petits bals d’été en robes à fleurs où l’on paie sa dîme à l’entrée. Un cachet sur la main prouve qu’on est en règle et permet, entre deux danses, de ressortir et de rentrer ensuite sans ennuis.
Odile est là, près du montant de l’immense tente déployée pour la fête. Odile sirote une limonade. Son amie boit une sorte de cocktail vert à l’aide d’une paille. Il ne compte pas danser, il vient pour tuer une heure, sans plus. Sur la piste les couples tournoient. Qui est ce quidam à béret noir ? Assez rebondi, un peu claudiquant, il se dirige vers Odile. Elle fait non d’abord de la tête, souriante mais semble-t-il un peu crispée. L’autre insiste, la prend par la main, tandis qu’autour d’eux des garçons hilares se poussent du coude.
- Mademoiselle, vous n’allez pas refuser à Paul qui vous invite si gentiment ?
Non, elle ne refuse pas. Il le voit de face maintenant, le cavalier balourd qui se dandine sur la piste. C’est le simple du village, le béret jusqu’aux sourcils, écarlate, tandis que les autres pouffent.
Odile se laisse mener, ils piétinent le sol sans cadence, les gens lui font un clin d’œil, tout le monde connaît ce Paul qui ne veut plus la lâcher.
Alors, comme la musique reprend, le voyageur s’approche. Courtois, presque impérieux, il prononce :
- Mademoiselle, je vous en prie…
et l’entraîne à son tour sous les lumières de couleur qui font une farandole au plafond.
Paul reste coi, surpris, puis en colère. Il veut reprendre Odile, inaccessible soudain, tandis que ses copains, ennuyés, tentent de le calmer. Et l’entraînent dehors.
- Je m’appelle François, dit le voyageur à Odile.
Et plus tard, à la fin du bal, ils conviennent de se revoir. « De l’autre côté de la Meuse, « Au bon coin ».
La rive est déserte. L’averse chargée de brume arrose des maisons lépreuses, le chemin qui va vers l’écluse, ce bourg perdu dans l’infini.
« Au bon coin » semble fermé. François frissonne un peu. Il ne connaît pas les berges des fleuve, il ignore le délabrement, la rusticité, la lugubre ambiance de certaines rues pauvres. Il vient d’un pays de soleil et c’est le hasard qui lui a fait hier, rencontrer une fille de l’eau.
Il s’approche de la porte aux brise-vues fermées. Pas de lumière.Il s’étonne : pourquoi ici ? N’y avait-il aucun autre établissement un peu coquet sur ce Quai des Brumes glacé ? Il tourne la poignée. La porte s’ouvre. Malgré lui, il sent battre son cœur. Où est-elle ?
A tâtons, il cherche un interrupteur. Et dans la pâle clarté de la lampe, il les aperçoit : Paul couché par terre, le visage dans ses bras croisés, hoquetant de sanglots.
Et Odile, pimpante dans sa robe bleue à volants, renversée sur un fauteuil, le regard étonné.
Un couteau dans le cœur. Morte.
LORRAINE
Illustration: Badplayer.free.fr

