10 novembre 2009
CRI

Tes yeux bleus, à travers leurs paupières mi-closes,
Recèlent la lueur des vagues trahisons.
Le souffle violent et fourbe de ces roses
M’enivre comme un vin où dorment les poisons
(Renée VIVIEN)
09 novembre 2009
DES ANIMAUX DE COMPAGNIE
Que dites-vous de ma ménagerie? Ce sont des petits personnages recueillis en cours de route, apprivoisés et qui vivent en parfaite harmonie. Chacun va à son rythme et si le chien s'élance, la grenouille musicienne s'en donne à coeur joie, au grand dam de sa voisine qui se contente de rouler des yeux avec indulgence. Le pingouin suit son petit bonhomme de chemin sans s'occuper de personne, le second chien ne pense qu'à exercer son adresse, le bon gros chat à sa pitance, la coccinelle grimpe consciencieusement le long de la page et le petit cheval caracole pour le plaisir.
Ils n'ont aucune prétention, aucune arrière-pensée et aucun à priori. Ils ne ressemblent pas aux humains. Je les aime pour leurs différences qui n'importunent personne. Ils s'acceptent tels qu'ils sont et surtout, acceptent les autres en toute amitié. Je vous les présente ce matin parce que je n'ai pas vraiment le temps d'écrire. C'est un petit bonjour en passant. A bientôt,
LORRAINE
08 novembre 2009
PARLONS D'AMOUR
J’affectionne
un livre qui connaît bien les femmes : « La physiologie de l’amour
moderne ». Il
cache derrière ce titre médical des finesses de sensations,
des effleurements d’âme, des nuances que signe Paul Bourget et ce volume qui a
plus de cent ans m’assure chaque jour que nous n’avons pas beaucoup
changé !
« Les
hommes ne sont jamais bons juges des qualités pour lesquelles un autre homme
plaît ou déplaît aux femmes ».
« Un
bonheur qui a passé par la jalousie est comme un joli visage qui a passé par la
petite vérole . Il reste grèlé ».
« les
femmes les plus galantes deviennent sincèrement vertueuses quand il s’agit de
condamner leurs rivales ».
On
vous y parle des Exclus qui ne seront jamais aimés, De la rupture et même de
quelques Vengeances. Et si les salons ont changé de velours, les chambres
d’alcôves, les femmes de silhouettes et les messieurs d’allure, nous y
retrouvons l’Amour, immuable et cruel, tel que jadis, tel que toujours.
LORRAINE
FAUBOURG
Le dimanche, quand je me promène devant les maisons du faubourg, qui ont un jardinet devant, une petite grille et un piano qu’on entend de la rue, j’ai envie e pousser la porte et d’entrer. Je ne dérangerais personne, ni l’enfant dans son berceau ni les dames qui tricotent. J’entrerais dans une pièce où il n’y a personne, et là je lirais le livre qu’un autre a commencé et je regarderais les portraits de famille en me souvenant de ces visages.
S’il y a des porcelaines, je serais curieuse de chaque figurine
car je les aime et je m’assiérais dans les fauteuils où quelqu’un à rêvé, pour
rêver à mon tour.
Je n’aurais pas peur que l’on me surprenne, je ne serais là que pour vivre un bonheur qui n’est pas le mien, au milieu d’autres tableaux, devant un miroir où je suis différente et en écoutant un piano dont je n’avais jamais entendu le son. Je dirais que j’ai pour les maisons inconnues, les grands couloirs, les portes closes une attirance mystérieuse et si l’on me croit, je partirais en emportant des fleurs.
Voilà à quoi je songe le dimanche dans les faubourgs, quand c’est l’heure du goûter et qu’un rideau frissonne sous une main de femme. Une cloche isolée m’étreint d’une indéfinissable peine et je remonte vers la ville, laissant à leur bonheur quotidien et paisible ces statuettes ignorées, l’escalier qui mène au grenier, de vieux bouquins, un jeune chat…
LORRAINE
06 novembre 2009
FLATTERIE
Un chien vous flatte, mais c’est à vous de flatter un chat
(Georges Mikes – « Comment être décadent »)

04 novembre 2009
SOUVENIR

Dans le soir qui
respire l’automne
Feuille à feuille
Pluie après pluie
Vent après tempête
La cloche du
monastère
Résonne comme un
poids d’airain
Et cadence mon
cœur fatigué
Qui se souvient de
ton absence
LORRAINE
03 novembre 2009
LA CHAMBRE JAUNE
Raconter, en vingt lignes environ, une nuit passée ailleurs et dont on
se souvient.
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J'étais en vacances chez ma tante et le soir, je montais vers la chambre jaune avec un plaisir mêlé d’appréhension. Plaisir grâce à l’escalier dont le velours étouffait les pas, plaisir de tirer les tentures dorées sur le jardin d’été, plaisir du couvre-lit et du tapis plain assortis qui m’apportaient une douceur de miel indicible. Là, seule, je me sentais reine. J’avais 9 ans, 9 ans endeuillés par la mort récente de mon père, 9 ans qui tentaient de vivre sans pleurer.
Appréhension aussi, oui. Le roman à la mode « Le Mystère de la chambre jaune » se
diffusait chaque soir à la radio et parmi les grands, j’écoutais. La
radio mimait les ombres menaçantes,
adoucissait la voix quand on parlait d’amour, devenait haute et inquiète lorsque l’auteur laissait
entrevoir le meurtre possible, la
pendaison, l’enfermement, l’enfermement surtout. On se quittait dans l’angoisse, et je pénétrais dans « ma »
chambre jaune tout imprégnée d’une menace diffuse, que précisaient les bruissements des arbres de juillet.
Sous les draps, je réapparaissais pour étudier, l’œil soupçonneux, les ombres glissantes, la
progression lente d’un personnage bossu sur le mur en face, le long soupir venu d’où, Seigneur, venu d’où ?.. La lune jetait un œil par la croisée
entrouverte, j’avalais
précipitamment mon bonbon du soir, puis, épuisée, m’endormais enfin, emportée malgré moi vers un lendemain
dont, à l’avance, je savourais l’horreur recommencée
jusqu’à la fin du feuilleton.
LORRAINE
02 novembre 2009
UN REVE
J’ai
rêvé cette nuit qu’à l’aide d’une énorme catapulte j’envoyais dans la Lune une
personne que je n’aimais pas. J’étais lasse de la voir tournoyer autour de moi, semblable à un gros
hanneton, hommasse, adipeuse, geignante. Sa robe chamarrée de rouge la drapait
grotesquement. Je la vis disparaître comme une fusée dans un étincellement de
flammes. De là-haut, elle m’adressa des signes pour m’avertir de sa bonne
arrivée. Que nous étions donc heureuses, elle de voir du pays, moi d’être
débarrassée de sa présence envahissante.
Elle
n’était plus qu’un tout petit gnome gigotant, presque beau, à distance. La lune
vénitienne la berçait, gondole d’argent aux reflets bleutés. Je ne sais quelle tempête retourna
soudain cette barque fragile : mon gnome piqua droit vers la Terre, tête
en avant dans un vertige.
Je
ne retrouvai plus qu’un chiffon rouge déteint et un morceau de lyre cassé au
bord de la route sablonneuse.
LORRAINE
01 novembre 2009
ALLONS, JE VOUS ENNUIE, MONSIEUR...
Les
arbres des boulevards ils les ont découpés
Et
descellé les bancs où s’asseyaient les vieux
Ici,
les gens parlaient, Monsieur, les soirs d’été
Quand
le vent agitait l’ombre des marronniers
Les
filles riaient et moi, je leur disais bonsoir
J’étais
le Père Léon du café près du square
A
la place ils ont mis des parkings de béton
Le
tram ne passe plus. Il allait
jusqu’au bois
Maintenant
c’est le ring, ici, et les maisons
Ils
les ont abattues. Elles étaient de guingois
Qu’ils
disaient. A présent on a de beaux
buiIdings
Des
bureaux presque vides. Dites-moi
donc pourquoi ?
Allons,
je vous ennuie, Monsieur, il se fait tard
Vous
rentrez à l’hôtel ? Bien le bonsoir, Monsieur.
Viens,
Médor. ![]()
LORRAINE
31 octobre 2009
ILS CHANTAIENT...
Trois enfants sont venus jouer devant le banc où, seule, j’étais assise. Tout petits, blonds, ils chantaient faux en se tenant la main, enchaînés pour une ronde inlassable. Au loin, le crépuscule bleuissait le lac.
Les
bambins m’ignoraient ; ils avaient les genoux sales des fins de journées
dominicales. Le plus jeune est tombé. Il ne riait plus. Ses mèches blondes lui
cachaient un œil.
J’ai cru qu’il hurlerait. Ses frères, impassibles, dansaient
toujours. Il les a rejoints en se frottant la tête, pourquoi, mystère ! je
les ai vus plus loin risquer une empoignade, puis fraternellement réunis,
courir tout à coup à perdre haleine jusqu’au détour du sentier.
Ils n’étaient pas plus hauts qu’une botte et chantaient faux.
LORRAINE





