ECLATS DE PAROLES

Quelques amis échangent leurs avis sur le monde, la vie, les arts et partagent leur écriture (poésie, textes, billes, nouvelles, écriture de consigne, etc.)

07 mai 2008

LE HASARD N'EXISTE PAS...

    "Nous avons choisi "au hasard" une grande photo d'où nous devions partir pour écrire le thème. J'ai tiré une vaste armoire ancienne aux tiroirs ouverts bourrés d'objets hétéroclites et surmontée d'un fouillis de vêtements, livres, boîtes, papiers, etc. Voici ma version".

LE HASARD N’EXISTE PAS

    On m’avait dit : « Ces tiroirs sont pour toi. Tu y trouveras ton bonheur : des éventails, des dentelles fleurant le lilas, des masques portés autrefois par des marquises amoureuses du roi, un manuscrit antique ramené de la mer Caspienne, des opales dans un recoin, cherche bien et des gourmandises venues d’ailleurs, de très loin, du bout des siècles.

    Ouvre les tiroirs, saisis à pleines mains les pochettes brodées,le parfum de santal sur ce foulard Egyptien. Laisse-toi aller, sois curieuse, sois avide, laisse tomber ta sage maturité. Dans ces tiroirs, un monde t’appartient. Ouvre donc… »
 
    J’en ouvre un au hasard. Mais il n’y a pas de hasard…Il est vide. Vide comme mon cerveau. Vide comme la nuit. Vide comme si quelqu’un avait pris un malin plaisir à me piéger. Le vide ! Une sensation de dérision amère, de moquerie inique, l’impression soudain de n’être rien, bafouée par les promesses perfides, paralysée. L’abondance qui écrase l’armoire, ces abat-jours, ces boîtes à chapeaux, boite_chapeau_stetsonce mannequin d’une autre époque semblent ricaner devant mon désarroi.  Ils ont l’air de murmurer :

    « Ouvre un autre tiroir. Tente ta chance »…

    Mais non. Si j’ouvre le tiroir de gauche, il aura le même abîme de solitude que le tiroir de droite. J’ai peur de toutes ces étiquettes annonçant des contenus mordorés : « Nougats de Bretagne », « Nuits d’ivresse », « Beauté du diable », « Jeunesse éternelle »…

    Rien. Il n’y a rien pour moi. D’autres sont passées. Des mains heureuses ont tout emporté.

    Il me reste la résignation. Ou le désespoir.

LORRAINE

Illustration: Boites à chapeaux stetson - chapellerie-traclet.com

Posté par incarnat à 10:46 - Les consignes et leurs textes - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Le vide, réponse par excellence, le vide par où tout commence..Quel plus beau tiroir qu'un tiroir plein de vent et de lumière...?

Posté par CeliaK, 07 mai 2008 à 11:17

original et ... philosophico-émotivo-nostalgique :-)),
en belle écriture qui fouaille les méandres d'un moi non matois.

Posté par lecouret, 07 mai 2008 à 11:38

Vent et lumière! Solitude aussi, et imaginaire qui se débride...Les tiroirs vides sont parfois pleins de promesses perfides, CeliaK!

Posté par Lorraine, 07 mai 2008 à 16:47

Bonjour, lecouret, je ne savais pas où me conduirait cette consigne, j'ai suivi le fil ténu des images et puis, comme un ballon perdu, je me suis envolée...

Posté par Lorraine, 07 mai 2008 à 16:48

la solitude n'est que l'amie du vent et de la lumière.. l'imaginaire lui ne fait que suivre le cours de nos attachements, heureux ou malheureux..

Posté par celiaK, 08 mai 2008 à 08:35

Il est vrai, CeliaK! L'imaginaire ne crée pas vraiment, il s'empare de nous et transforme, sculpte, anime ce que nous sommes, l'espace d'un rêve!

Posté par Lorraine, 08 mai 2008 à 09:21

je suis arrivé ici par hasard. mais le hasard est un choix.

Posté par pont des arts, 18 mai 2008 à 09:05

Poster un commentaire







Rétroliens

URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=155620&pid=9089423

Liens vers des weblogs qui référencent ce message :