31 octobre 2008
UNE PAROLE LEGERE
Ecrire un texte dont le départ est « Une parole légère avance à toute voile »
XX
Une parole légère avance à toute voile.
Plume soufflée du bout du lèvres.
Où vas-tu ? Qui te recueille ?
Tu volètes, emportée par la joie,
Jusqu’au clocher pointu sur la place de l’église.
Tu t’arrêtes. Vas-tu sonner les cloches ?
Vas-tu, brusquement, en plein après-midi
Lancer au monde ahuri cette incroyable nouvelle :
« Je suis heureux ! ». Heureux ? diront-ils
Qui a la prétention de l’être ? Qui a osé ?
Le bon sens l’interdit. Heureux !
Et pourquoi, je vous prie ?
Heureux tout simplement
Dans un univers fou qui a oublié de vivre
Heureux d’être, sans raison, sans argent,
Une parole légère qui avance à toute voile.
LORRAINE
29 octobre 2008
CARNET DE BAL
Je vous ai réservé, dans mon carnet de bal
Le deuxième tango. Le premier, c’est normal
Revient à Diego. Il me l’a enseigné !
Ne soyez donc pas sot, c’est vous mon préféré.
Diego, je vous en prie, le slow je l’ai promis
A Yvan qui s’en vient. Il est un peu soumis ?
Tant pis, je l’aime bien ! Gardez mon éventail
Voulez-vous, Octavien ? Attention à l’émail !
Ah ! la valse, très cher, m’emporte et tourbillonne
Que dites-vous ? Yvan ? Comment il nous espionne ?
C’en est attendrissant, vous êtes tous jaloux,
Arrêtez vos cancans, voici le Duc d’Anjou…
Monseigneur !..Oui, je danse. Nous allons pas à pas
Osciller en cadence. Un air de la pampa ?
Oui, oui, je me balance. Où donc m’emmenez-vous ?
…Je vous suis, Monseigneur, au château de St Loup...
LORRAINE
"Danse à la Ville" (Renoir) www.musee-orsay.fr
28 octobre 2008
AUTOUR DE LA MORT
L’approche du 1er novembre nous met devant les questions aiguës que l’on voudrait ne pas se poser. C’est bien vrai que chaque année des processions de gens tristes vont au cimetière, se recueillent sur une tombe, prient ou se souviennent, fleurissent un défunt depuis longtemps absent, comme s’ils disaient : « Je suis là, je n’ai rien oublié, repose en paix ».
ET LES AUTRES ?
Et c’est bien vrai que d’autres restent chez eux. Ils n’ont aucune tombe à fleurir. Non qu’ils soient épargnés. Mais au moment suprême l’incinération a été choisie. Il ne reste que des cendres…On ne fleurit pas des cendres.
Mais on se souvient, tout aussi profondément, tout aussi tristement. Simplement le choix du défunt a été respecté. Ou, plus simplement encore, ce choix a été décidé par la famille. Qui en a discuté ? Qui a pris la décision ? De multiples raisons la déterminent. Et notamment, dans une population où l’on vit de plus en plus vieux, l’impossibilité physique d’entretenir une tombe quand l’un des deux meurt et que l’autre survit. A la détresse, à la solitude, va-t-on ajouter le remords de négliger une tombe par manque de force ou invalidité ? Va-t-on ajouter la lancinante sensation de négligence quand l’âge ou la maladie empêche celui qui reste d’aller devant cette pierre tombale qui incarne, désormais, tout ce qui reste du passé ?
Le geste définitif de l’incinération gomme la culpabilité de négligence. Ceux qui restent se souviennent d’une vie, d’un rire, d’un visage ; et non d’un cercueil. 
Ces questions aiguës que l’on voudrait ne pas se poser…On se les pose inévitablement en ces temps d’octobre qui annoncent la fête des Morts. Devant l’irrémédiable, nous sommes tous égaux. Et nous acceptons la dernière sépulture, quelle qu’elle soit, parce qu’il n’y a rien à faire, parce que nous sommes mortels.
Chaque sensibilité diffère ; et chacune, en ces derniers instants, mérite d’être respectée.
LORRAINE
A GIVERNY
L’ombre mauve des nymphéas
Le sentier délicat
Et je ne sais quel charme
M’ont attardée longtemps 
Près des fleurs qui là-bas
Me chantaient à l’oreille
Un air qui me désarme
J’avais cent ans de moins tout à coup,
Une ombrelle et l’âme éperdue
D’être jeune et belle
Le long de cet étang où bruissait un grillon
Et que volaient, nonchalamment,
Des papillons
Le fastueux jardin, la villa, Giverny,
Ont si bien évoqué Monet à sa peinture
Que je fus cette errante dont le passé murmure
Habillée de lin blanc
Et que la démesure
Emporta pour deux heures au pays du néant
Où les fantômes existent ou alors font semblant
LORRAINE
25 octobre 2008
UNE BELLE LIGNE DE CHANCE...
Un léger brouillard nimbe la prairie d’octobre. Anthony pousse la porte : elle est là, étendue parmi ses foulards et ses châles, jeune convalescente d’on ne sait quel nébuleux chagrin d’amour ou de quel vague à l’âme d’ automne dont le vent tournoie avec les feuilles.
- Ma languissante, comment vas-tu ?
Hésitante, la main finement baguée dessine un geste de mouette. Une main qui rêve.
Il la saisit, prompt, et la retourne. Son œil initié de devin scrute la paume. Aline a l’incomparable regard lointain des femmes qui se savent aimées et font semblant d’en être lasses.
- Que cherches-tu encore, Anthony? Tu sais tout…
Il hausse les épaules : sait-on jamais tout quand l’amour vous poursuit et que la douce s’y dérobe ? Elle a fermé son poing délicat, mais sans peine il dénoue les doigts et les caresse :
- Aline, laisse-moi lire ton avenir…et le mien.
Elle s’étonne : « Le tien ? Mais tu le connais. Tu dis toujours : j’ai une belle ligne de chance, donc… »
Il hausse les épaules, impatient. Et se penche sur la main enfin abandonnée :
- Malheureuse ! qu’est-ce que tu nous prépares !..Ce mont de Vénus proéminent, ce Mont de la Lune passionné…Qu’allons-nous devenir, hein, je te le demande ?
- Mais rien, dit-elle, rien du tout.
Il y croit, lui, aux lignes de la main, il a 25 ans, il aime Aline, mais elle l’aime bien, tout simplement. Et dans sa main ne voit qu’un entrelacs de traits, la paume creusée comme un puits sous le pouce bombé et les coussinets des phalanges. Les lignes hachurées, indociles, sont seulement pour elle des petits plis d’usage, et rien d’autre.
- Mais c’est ta ligne de cœur qui s’en va nez au vent, maugrée-t-il, selon tes caprices et tes émotions. Tu serais infidèle, par hasard ?
- Infidèle ? je ne connais personne..
- Moi, dit-il farouchement.
Elle se dégage et avec un regard de tendre amitié, qui condamne à jamais l’éclosion de l’amour, elle murmure :
- Allons , Anthony, toi tu as une belle ligne de chance. Tu peux tout entreprendre, tout réussir…
Y compris , un jour de tempête, sa chute dans l’océan déchaîné . Certains parlèrent de suicide…
LORRAINE
23 octobre 2008
PROVERBES D'OCTOBRE
Le temps file, les jours passent, octobre s’étire vers novembre et demain nous serons à la St-Raphaël. Voulez-vous savoir ce qu’il prédit :
« A la Saint Raphaël
La chaleur monte au ciel »
Donc, rangez définitivement vos robes légères, vos corsages échancrés, un frisson se prépare, l’automne se fait plus actuel et, nous nous y attendions, St Crépin y va aussi de sa prédiction le 25 prochain :
« A la Saint-Crépin
Les mouches voient leur fin »
Ce qui n’est pas pour nous déplaire ! Mais voilà une nouvelle moins drôle, c’est Sainte Antoinette qui s’en charge le 27 :
« A la Sainte-Antoinette
La neige s’apprête »
Déjà ? Oui, oui, d’autant que nous recevons une confirmation le 28 octobre :
« A la Saint-Simon
La neige sur le tison »
Bigre ! Nous voilà avertis ! Tempérons cependant ce proverbe pessimiste. Deux saints semblent s’en mêler :
« Quand Simon et Jude n’apportent pas la pluie
Elle n’arrive qu’à la Sainte-Cécile »
Dans ce cas, nous avons du temps devant nous : Ste Cécile n’arrive que le 22 novembre...
A bientôt. Je vous reviendrai avec les proverbes du mois prochain.
Bonne journée ! 
LORRAINE
22 octobre 2008
AMOUR?
Errance, chemin perdu, bleu soudain violet
Ciel strié, fin du monde
Non, c’est mon cœur qui vagabonde
Livre ouvert, anneau d’or, main qui s’abandonne
Pluie perlée, chanson tue
Non, c’est ma vie qui te pardonne
Mouvance, robe d’été, caresse furtive
Parasol, je souris
Non, c’est l’amour qui s’est enfui
Silence, robe grise, napperon brodé,
Automne, thé citron,
Non, je m’en vais à la dérive
Appel, lettre relue, souvenir qui chancelle,
Tu reviens impromptu
Non, je ne t’aime presque plus…
LORRAINE
20 octobre 2008
BENEDICTE
Ca fait huit jours exactement que j’habite la maison bleue. Elle me plaît. Ses volets, le matin si calme et le ruisseau au bas du ravin conviennent à ma solitude. Je suis un garçon sans histoire qui peint par plaisir et vend assez pour vivre.
Cette nuit, je m’éveille en sursaut. Dans la chambre, une voix chuchote : « Bénédicte, reviens Bénédicte »…J’allume. Personne. Encore un de ces rêves bizarres comme j’en fais quelquefois. Je me rendors. Le grand jour me sort du lit. Tiens, la porte est entrebaillée et un léger courant d’air m’effleure comme une caresse. J’aurais oublié de fermer à clef ?
Je peins. Une jeune fille en bleu, assise au bord du ruisseau. Elle tient à la main un bouquet de roses. J’aime peindre parfois sans modèle, en imagination, en quelque sorte. Elle se dessine sous mes doigts, si belle mais l’air grave. Je lui parle, je l’appelle « Bénédicte ». Je reste trois jours en tête-à-tête avec elle, trois jours enfermé dans l’atelier. Voilà, elle est définitive, vivante, prête à sortir de la toile. Mais c’est moi qui sors, j’ai besoin de respirer après cette frénésie créative.
Je descends vers le village. Un attroupement, j’approche. La maréchaussée écarte la foule, j’entends : « Oui, c’est elle". "Elle", ce visage que j’ai peint, ses cheveux blonds, sa robe bleue, elle couchée dans le ruisseau, morte. « Bénédicte ! » hurle un garçon désespéré.
On a trouvé mon nom, mon adresse griffonnés sur un papier dans la poche de Bénédicte. Je ne l’avais jamais vue, je ne la connaissais pas. Demain, on va me juger pour meurtre.
LORRAINE
19 octobre 2008
OU VONT LES LARMES?
Où vont-elles ces larmes
Que l’on ne verse pas ?
Un collier de perles noires
Enfermé au fond de soi
Un très persistant brouillard
Une chanson d’autrefois
La rosée posée sur l’aile
D’une libellule au bois
Ou peut-être une hirondelle
Qui s’en sert comme un carquois ?
Oui, que deviennent ces larmes ?
Enlacées comme une chaîne
Aux maillons de fer, de bois,
Elles sourient en nous-mêmes
Pour que personne ne voie
Que nous avons de la peine
Que deviennent-elles, ces larmes
Qui trop souvent, maintes fois
Ont voulu trahir le drame
Que l’on vit par-devers soi
Que deviennent-elles, ces larmes ?
Je voudrais bien vous le dire
Mais pas plus elles que moi
Ne réussissons à écrire
...Tout simplement qu’on les noie...
LORRAINE
15 octobre 2008
LA ROMANCE DES FONTAINES
(Ecrire un poème qui devra obligatoirement comporter les détails suivants:
- Un des 4 éléments (l'eau, la terre, l'air ou le feu)
- Un instrument de musique (piano, guitare trompette etc.....)
- Une couleur (celle que vous voulez)
- Une forme (ovale, ronde, carré ou rectangle). Telle était la consigne. J'ai fait de mon mieux!
X
Les fontaines parlent d’amour
Sous la dentelle de leurs bronzes
La main de Neptune a toujours
Le geste bénisseur des bonzes
L’eau ruisselle sur ses épaules
Et son beau visage d’airain
Verdit un peu dessous le saule.
La nymphe agite un tambourin
La forme oblongue d’un triton
Sinue sous l’onde cristalline
Un trident orne le fronton
De la fontaine citadine
L’eau murmure sa chanson triste
Inlassablement nuit et jour
Pour les amoureux, les artistes
Les poètes et les troubadours
LORRAINE


